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Recadrer la prostitution

Le travail du sexe ne pourra jamais être... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)

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Le travail du sexe ne pourra jamais être considéré comme un métier comme les autres. Même lorsque l'on s'y engage librement, les blessures de l'âme sont fortes et l'atteinte à la dignité inéluctable.

Photo Alain Roberge, archives La Presse

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Réal Ménard

Maire de l'arrondissement Hochelaga-Maisonneuve, l'auteur s'exprime à titre personnel.

Voilà 21 ans que je suis élu comme député ou maire d'arrondissement. J'ai reçu des milliers de commentaires de citoyens qui vivent près des ilots de prostitution qui cicatrisent la trame urbaine d'Hochelaga-Maisonneuve, où en moyenne entre 50 et 75 travailleuses du sexe y sont actives de la fonte des neiges à l'arrivée de l'hiver.

Ces femmes à la cuisse hospitalière, pour reprendre une expression de la littérature française, offrent le désolant spectacle de conditions infrahumaines où la misère côtoie la détresse, sur fond de narcodépendance.

Comme député à la Chambre des communes, j'ai siégé au comité parlementaire qui, de 2003 à 2006, a fait l'examen des lois sur le racolage. Nous avons visité plusieurs pays européens et rencontrés des centaines d'experts qui connaissaient les modèles suédois, australien, néo-zélandais, britannique et néerlandais avec force et détails.

Ces années d'étude m'ont convaincu qu'il n'existe aucun modèle qui pourrait intégralement être exporté à la réalité montréalaise ou canadienne. Je crois cependant qu'un certain nombre de lignes de force peuvent se dégager des expériences étrangères.

Convenons que le travail du sexe ne pourra jamais être considéré comme un métier comme les autres. Même lorsque l'on s'y engage librement, les blessures de l'âme sont fortes et l'atteinte à la dignité inéluctable. Cette situation étant, voilà pourquoi il faut rendre le plus sécuritaire possible la pratique de la prostitution.

Le modèle idéal conduisant vers des pratiques acceptables, menant à des éléments de paix dans les communautés, est un amalgame des législations suédoise, néerlandaise, australienne et californienne. Les pays qui ont encadré les activités de la prostitution avec un tant soit peu de succès - le succès étant défini à l'aune de l'acceptabilité sociale et l'évitement de la violence faite aux filles - ont aménagé un cadre qui comprend deux éléments.

La prostitution se déroule le moins possible sur la rue, sur le domaine public. Elle est confinée dans des salons érotiques, des maisons closes, des résidences, bref dans un milieu contrôlé, assorti de surveillance et de services. Voilà ce qu'ont fait l'Australie, les Pays-Bas, le Nevada (États-Unis) et la Nouvelle-Zélande, pour ne nommer que quelques exemples.

Aussi, les municipalités doivent être mises à contribution comme régulatrices de l'accès à l'espace public. C'est ici que le gouvernement canadien fait fausse route en se proposant de criminaliser l'achat de services sexuels et en ne retenant qu'une partie du modèle suédois.

Dans Hochelaga-Maisonneuve, pendant plusieurs années, les interventions policières locales ont été centrées sur l'arrestation des clients. Il en est résulté une présence agressive et envahissante des filles qui se sont mises en mode survie. Celles-ci se tenaient près des parcs, des garderies, des écoles, des magasins, là où les clients potentiels se trouvaient.

Combien de fois ai-je entendu des parents se plaindre à bon droit de la présence de prostituées dans les corridors scolaires, des pères de famille se désoler de voir leurs conjointes sollicitées en allant faire les courses? Il faut sortir la prostitution de la rue et de nos communautés, et ce n'est pas en pourchassant les clients qu'on y parviendra.

Je suis d'avis que l'aménagement idéal des activités prostitutionnelles doit se concilier avec les impératifs suivants:

- La prostitution de rue doit être absolument interdite;

- Les clients abuseurs et exploiteurs doivent être sévèrement condamnés;

- Les personnes prostituées ne doivent faire l'objet d'aucune accusation pour racolage, tant qu'elles sont enregistrées auprès d'une autorité publique (police, agence de santé);

- Les municipalités doivent réglementer les lieux autorisés de prostitution;

- Les personnes prostituées enregistrées auprès d'une autorité publique devraient être éligibles à la couverture la plus large possible des programmes de formation, de santé et d'éducation.

La Cour suprême du Canada a demandé au législateur d'offrir la pleine citoyenneté aux personnes prostituées. Cet exercice délicat, à haut potentiel de rupture et de tension, requiert un sens aigu du compromis et une largeur de vue peu commune. Il me reste à souhaiter que nous puissions collectivement y parvenir.




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