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La rue n'est pas un hôpital

Les policiers et policières de Montréal font l'impossible... (Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse)

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Les policiers et policières de Montréal font l'impossible pour gérer des problèmes souvent complexes, répétitifs, insolubles et imprévisibles. Mais ce n'est que lorsqu'une intervention - sur des milliers - paraît mal que l'on s'émeut collectivement des apparences avant de refermer les yeux pour passer à un autre appel.

Photo Edouard Plante-Fréchette, archives La Presse

Yves Francoeur

L'auteur est président de la Fraternité des policiers et policières de Montréal.

Le 21 avril dernier, Olivier Farmer, psychiatre du CHUM auprès des personnes en situation d'itinérance, rapportait dans une lettre ouverte («Les yeux grands fermés») que l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal avait coupé 50% des ressources hospitalières en santé mentale dédiées à la clientèle itinérante.

Dorénavant, ce ne sont plus huit hôpitaux, mais seulement quatre qui ont la charge de recevoir cette clientèle souvent en crise. M. Farmer souligne que le problème est que les quatre institutions délestées de ces responsabilités conservent à d'autres fins les budgets qui leur étaient alloués pour cette clientèle démunie et marginalisée. Bref, on coupe sur le dos des personnes itinérantes sous prétexte de réorganiser les services qui leur sont offerts.

À cause de ce type de coupes de services et à cause du manque de ressources, Québec est en train d'accélérer la mutation d'un problème de santé publique en un problème de sécurité publique. En effet, avec encore moins de ressources de santé dédiées à cette clientèle, il y aura encore plus de problèmes dans la rue et ce sont bien entendu les policiers et les policières qui devront s'en occuper.

Mauvaise solution

Ces personnes ont davantage besoin de travailleurs sociaux et de psychiatres que de policiers et de policières. Ce n'est pas en coupant les ressources et les services dédiés aux plus démunis que la situation s'améliorera et ce n'est pas en aggravant le problème dans la rue sans faire suivre les ressources adéquates que l'Agence de santé de Montréal trouvera une solution.

Le travail des policiers et policières est de plus en plus complexe à Montréal et nous l'assumons quotidiennement. Nos membres répondent chaque année à des milliers d'appels générés par des personnes en situation d'itinérance et ayant des problèmes de santé mentale importants. Nous n'avons surtout pas besoin de décisions accentuant le problème et générant encore plus d'appels au SPVM.

En «confiant» aux policiers la responsabilité d'intervenir encore davantage auprès de cette clientèle fragile, l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal ne prend pas la bonne voie. Les décideurs publics doivent aménager une place aux personnes en situation d'itinérance dans le système de santé plutôt que dans le système de justice.

Les policiers et policières de Montréal font l'impossible pour gérer des problèmes souvent complexes, répétitifs, insolubles et imprévisibles. Mais ce n'est que lorsqu'une intervention - sur des milliers - paraît mal que l'on s'émeut collectivement des apparences avant de refermer les yeux pour passer à un autre appel.

«Les yeux grands fermés», comme le dit le docteur Farmer. Les limites de la décence sont dépassées. Le système de santé doit faire son travail et les policiers le leur. La rue n'est pas un hôpital.




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