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La Charte de la prévention

Janette Bertrand a comparé, dimanche, la Charte des... (Photo Graham Hughes, La Presse Canadienne)

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Janette Bertrand a comparé, dimanche, la Charte des valeurs proposée par le Parti québécois à de la prévention appliquée en médecine.

Photo Graham Hughes, La Presse Canadienne

Quoc Dinh Nguyen

L'auteur est médecin résident à l'Hôpital Saint-Luc.

«On nous dit en médecine qu'il faut faire de la prévention. Alors on fait de la prévention.»
- Janette Bertrand

La prévention sert souvent d'argument pour justifier l'adoption de la Charte des valeurs. Mme Bertrand et d'autres défenseurs de la Charte comparent fréquemment l'adoption rapide du projet de loi 60 à un juste acte de prévention. Après tout, qu'il y ait réellement problème ou non, pourquoi ne pas se prémunir d'un rempart contre «l'intégrisme» ou «l'inégalité hommes-femmes», comme on tente de le faire en médecine contre la polio ou le cancer de la prostate?

Mme Bertrand a raison de mentionner que la médecine enseigne qu'il vaut mieux prévenir que guérir. Mais en médecine, on ne fait pas de la prévention n'importe comment, et dresser un parallèle entre la Charte et la prévention permet de jauger si la Charte répond aux exigences d'une bonne prévention. Malheureusement, à ce test, elle échoue lamentablement.

En médecine, la prévention vise notamment à diminuer l'incidence d'une pathologie, en mettant en place des mesures acceptables et efficaces. Le vaccin contre la polio est un exemple de bonne prévention. Il s'attaque à une réelle pathologie pouvant mener au décès, est acceptable puisque ses effets secondaires sont quasiment inexistants et il s'est avéré efficace puisqu'il est en voie de faire disparaître cette terrible maladie du globe.

Intolérance et division

Il ne faut pas être bien malin pour constater que le projet de Charte - comme mesure préventive - fait long feu. D'abord, incapables de produire ne serait-ce qu'une seule preuve non anecdotique d'un problème à régler, les défenseurs de la Charte parlent abusivement de prévention... d'une maladie non documentée et fort probablement inexistante.

Ensuite, le bât blesse aussi quand au lieu d'endiguer un problème, une mesure préventive vient en créer. Le dépistage intensif du cancer de la prostate est un exemple seyant: plus de cancers dépistés, mais autant de mortalité. En d'autres mots, plus de tests, de biopsies et de patients inquiets, mais aucune différence sur la survie. Pour revenir à la Charte, il est difficile de nier que le seul spectre de cette mesure préventive n'a pas exacerbé au sein de notre société intolérance et division. Sur le critère de l'acceptabilité, la Charte ne passe pas le test (sans parler du test de son acceptabilité auprès des tribunaux).

Sur le critère de l'efficacité, il y a lieu de se demander comment un projet de loi reposant sur une mesure phare controversée basée sur une apparence de neutralité et affectant potentiellement moins de 0,1% de la population québécoise saura servir de rempart contre «l'intégrisme» ou «l'inégalité hommes-femmes». Il y a bien d'autres façons plus efficaces et porteuses de faire avancer ces causes.

En médecine, on ne joue pas avec la santé des gens. En politique, on ne devrait pas jouer avec leurs libertés et leurs droits au nom d'une soi-disant prévention qui n'a de prévention que le nom.




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