Le crucifix de Duplessis

L'ancien premier ministre Maurice Duplessis.... (Photo Archives La Presse)

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L'ancien premier ministre Maurice Duplessis.

Photo Archives La Presse

Pierre Monette

L'auteur est écrivain. Il réside à Saint-Sébastien-de-Frontenac.

On ne sait littéralement pas de quoi on parle lorsqu'on discute de la charte au titre en trombone «affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité de l'État ainsi que d'égalité entre les femmes et les hommes...». On ne trouve nulle part, dans le texte du projet de loi 60, de définition de la vague notion de «valeurs» (ces principes auxquels on accorde... un prix!), ni des trois «valeurs» particulières que cette charte entend «affirmer».

Deux choses paraissent cependant claires. L'interdiction du port de signes religieux ostentatoires vise principalement celui du voile par les musulmanes. Et le maintien du crucifix au mur de l'Assemblée nationale se justifierait comme relevant d'une exception patrimoniale.

L'immense majorité des musulmanes oeuvrant au sein de la fonction publique ne portent pourtant pas de voiles, mais le hijab, un foulard qui ne «voile» que leurs cheveux. Le principe voulant que les employés de l'État exercent leurs fonctions à visage découvert est parfaitement justifiable; l'obligation de montrer ses cheveux tient du ridicule. D'ailleurs, selon cette logique, il faudrait également imposer aux musulmans de se raser la barbe, dont le port peut être, bien plus souvent que celui du foulard, la manifestation d'une adhésion à l'islamisme le plus radical.

Pas seulement musulman

Le port du niqab et de la burqa - des voiles au sens strict - est assurément l'expression de «valeurs» à la fois religieuses et inégalitaires, en tout cas étrangères aux nôtres. Or, avant d'être une pratique cultuelle musulmane, le port d'un foulard est une coutume patrimoniale méditerranéenne. Les Italiennes, les Espagnoles, les Provençales, les Grecques couvrent traditionnellement leurs têtes depuis une époque antérieure à l'instauration de l'islam. Et, il n'y a pas si longtemps, il était mal vu pour nos propres grands-mères de «sortir nu-tête»...

Il n'y a pas si longtemps... Notamment à l'époque où le crucifix a fait son apparition à l'Assemblée nationale: en octobre 1936, au lendemain de la première élection de Maurice Duplessis.

On ne devrait pas parler du «crucifix de l'Assemblée nationale» mais, plus précisément, du «crucifix de Duplessis»: une expression qui suffit à discréditer la prétendue valeur patrimoniale de l'objet. S'il constitue le rappel d'un certain héritage historique, c'est celui de la Grande Noirceur, d'une époque où le Parlement provincial refusait le droit de vote aux femmes.

On est assez aisément parvenu à «sortir le Bon Dieu des écoles», comme le clamaient les créditistes («pour y faire entrer la drogue et sexe», ajoutaient-ils); il s'avère plus difficile de sortir le duplessisme de l'Assemblée nationale. Faut-il rappeler que c'est le premier gouvernement péquiste qui, en 1977, a sorti la statue de Duplessis des catacombes du Parlement où elle reposait alors depuis 15 ans?

Le maintien de la présence du crucifix de Duplessis à l'Assemblée nationale est de fait une commémoration de l'intégrisme catholique dont le Québec a subi le joug jusqu'à la Révolution tranquille: cet objet est un signe religieux ostentatoire. C'est plutôt le foulard, dont le port est une pratique ni strictement religieuse ni exclusivement musulmane, qui constitue l'objet le plus «patrimonial» des deux.




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