Où sont passées les nuances?

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Bernard Drainville, lors du dévoilement des propositions du gouvernement concernant la Charte des valeurs.

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Michael Milech

L'auteur est un écrivain montréalais.

Sans aucun doute, le projet de loi 60 a le mérite d'être clair. En fait, selon les reproches du gouvernement à l'endroit de la position libérale, il paraît que le pire péché d'une politique publique serait la complexité. Bien sûr, le PQ cherche à supprimer les signes religieux, mais il vise aussi à supprimer le flou, l'ambiguïté, les accommodements au cas par cas.

Qu'il s'agisse donc du juge en chef de la Cour supérieure ou du monsieur qui lave les vitres du CHSLD, que l'employé ait à travailler ou non avec le public, que le signe en question interfère ou non avec sa capacité de faire son travail, le gouvernement veut qu'il y ait une même réponse à toutes les situations, au préalable, pour que les questions épineuses d'accommodements ne se posent plus jamais.

Dans un monde complexe, il est facile de comprendre pourquoi une telle promesse de clarté et de fermeté serait attrayante. En fait, le gouvernement du Québec est loin d'être le seul à préconiser une approche «une-fois-pour-toutiste» pour régler des problèmes compliqués. Par les temps qui courent, les nuances vivent des moments difficiles un peu partout.

Par exemple, au cours des dernières années, le gouvernement fédéral s'est attaqué à la criminalité avec des peines minimales obligatoires, à la grande consternation du gouvernement québécois.

Devant des actes de violence que nous peinons à comprendre, et confrontés à des verdicts et des sentences qui nous semblent parfois injustes, les conservateurs ont choisi de jeter les nuances par la fenêtre: Les criminels sont méchants, qu'ils croupissent donc en prison pendant longtemps et au diable les facteurs atténuants, les causes sous-jacentes, et tout autre obstacle à une vision noir et blanc des choses.

Aux États-Unis, l'approche de nombreux politiciens et commentateurs au problème de l'immigration illégale est un cas typique de ce phénomène. Au lieu de se colleter aux réalités souvent complexes et contradictoires - le besoin de faire respecter la loi, les contributions des immigrants illégaux à la société américaine, le précédent que créerait une amnistie, le très jeune âge de plusieurs de ces nouveaux venus au moment de leur arrivé -, ils prônent l'expulsion sans exception et la construction d'un mur le long de la frontière avec le Mexique.

Plus loin de chez nous, comme on a pu constater lors de la visite récente du premier ministre Stephen Harper, les nuances figurent souvent parmi les victimes du conflit au Moyen-Orient. Soit les colonies israéliennes sont à elles seules responsables de tous les maux de la région, soit elles ne posent aucunement problème. Soit le gouvernement d'Israël est raciste, soit ses critiques le sont. Soit le terrorisme palestinien est justifié, soit tout est permis pour le combattre.

En fin de compte, là où il se trouve des êtres humains, il y aura des problèmes complexes qui ne se résoudront pas par des solutions simplistes, bien que certains veuillent que ce soit le cas. Pour ce qui est de la loi 60, aucun parti à Québec n'a mis de l'avant une approche parfaite. Mais les sociétés diversifiées comme la nôtre sont remplies de zones grises qui persisteront, peu importe les lois qu'on adopte.

Pendant que le débat sur la laïcité continue, rappelons-nous que la complexité n'est pas un vice, et qu'il n'est ni possible ni souhaitable, de l'éliminer.




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