La population québécoise a accueilli avec soulagement la décision de la Cour d'appel d'ordonner un nouveau procès pour Guy Turcotte. Soulagement et espoir, l'espoir que justice sera enfin faite. Vous nous avez fait parvenir de nombreux commentaires à ce sujet. Nous en publions ici l'essentiel.

Publié le 14 nov. 2013

Rien n'est réglé

La très grande majorité de la population sera soulagée et satisfaite de la décision de la Cour d'appel d'ordonner un nouveau procès pour Guy Turcotte. Les gens s'étaient soulevés à la suite du verdict, des sorties supervisées et de la libération de Guy Turcotte.

Or, il ne faut pas crier victoire. La décision de la Cour d'appel mentionne dans son jugement que les directives au jury étaient inadéquates et que cela aurait pu influencer le verdict. La tenue d'un nouveau procès est donc ordonnée et celui-ci sera basé sur des accusations de meurtre prémédité.

Cependant, de nouveaux jurés devront être sélectionnés et la preuve sera à nouveau présentée. Le jury pourra-t-il être impartial? Tous ont une opinion sur cette horrible histoire, mais Guy Turcotte devra être jugé uniquement sur les faits, que peu de personnes au Québec connaissent en totalité. La sélection des jurés sera donc une tâche très ardue.

Par la suite, le nouveau procès pourra débuter. Le verdict en sera-t-il un de culpabilité cette fois-ci? N'en déplaise à la population, pas nécessairement. Les jurés auront la très lourde tâche de prendre connaissance de l'ensemble des éléments de preuve et d'en arriver à un verdict. Si un verdict de culpabilité est rendu, la population sera majoritairement soulagée et dira que justice a été rendue. Du moins, jusqu'à sa sortie de prison.

Toutefois, advenant un verdict de non-culpabilité, il y aura à nouveau protestation et soulèvement, ainsi que remise en question de l'ensemble du système judiciaire. Je crois qu'il faudrait plutôt s'interroger sur la réinsertion sociale des criminels. Sommes-nous prêts à accepter qu'un jour Guy Turcotte fasse à nouveau partie de la société? De le côtoyer au supermarché, au parc ou même à l'hôpital? Si ce n'est pas le cas, que faire?

Lorsqu'un verdict de non-culpabilité est rendu ou encore que la sentence a été purgée en totalité, l'individu redevient partie intégrante de la société. Qu'on le veuille ou non, tel est le fonctionnement actuel du système de justice. 

Catherine Ouellette

Reprendre confiance

Je suis heureuse qu'un nouveau procès soit imposé à Guy Turcotte, car la conclusion de son premier procès m'avait fait perdre confiance en la justice et ses représentants. Par le jugement de non-culpabilité de M. Turcotte, chacun a gagné le droit de se dire: «En feignant la maladie mentale ou la tentative de suicide, je peux m'en prendre à d'innocentes victimes pour assouvir mes désirs de vengeance ou de frustration». Selon moi, le niveau de sécurité des citoyens avait été réduit par cette décision et, peut-être qu'avec ce nouveau procès, nous pourrons avoir davantage confiance en la justice et en notre entourage.

Patricia Guilbeault

Une vengeance

Malgré toute l'empathie que j'éprouve pour tous les proches de Mme Gaston, cette décision de la Cour d'appel relève selon moi de la vengeance. Isabelle Gaston a mis toute son énergie dans ces procédures judiciaires pour vivre son deuil. Elle a utilisé son statut de médecin, les politiciens et toutes les tribunes pour réclamer vengeance. Voilà, elle vient d'avoir gain de cause. Il n'y a rien à se réjouir! Où est la justice dans tout ça? Un jury a jugé M. Turcotte non criminellement responsable de cette tragédie. Aujourd'hui, la Cour d'appel vient déclarer que le jury était composé d'imbéciles. Je crains que M. Turcotte ne soit condamné d'avance pour 25 ans fermes. Quel est le gain pour notre société? Hélas! ni Mme Gaston ni M. Turcotte ne retrouveront leurs enfants.

Reinhard Luthi

Tant de larmes

Le dramaturge grec Eschyle a écrit: «La démesure en mûrissant produit l'épi de l'erreur, et la moisson qu'on en lève n'est faite que de larmes». Nous nous sommes tous demandé comment cet homme dont l'avenir paraissait brillant avait pu commettre l'irréparable. Quel sabotage existentiel! Ce drame humain, qui a pris racine dans les limbes de la psyché torturée de cet homme, peut difficilement trouver son dénouement dans la rationalité. La mort horrible de ces deux enfants ne pourra être expiée autrement que par un châtiment à la hauteur de l'indignation populaire. Eschyle avait bien raison, toute cette histoire a fait verser beaucoup de larmes, et j'ai bien peur que bien d'autres suivent.

André Piette

Une pensée pour la mère

Je suis ravie que la Cour d'appel ait rendu ce verdict. J'espère que l'issue de ce nouveau procès apportera à Isabelle Gaston un peu de sérénité dans tout ce processus qui s'avérera ardu pour elle et sa famille. Revenir en arrière lui causera d'autres chagrins. Je propose que ce nouveau procès se fasse devant un juge seul, puisque la délibération des précédents jurys avait causé un tollé dans la population québécoise. De plus, il serait très difficile de recomposer un jury impartial à ce moment-ci de l'histoire.

Roxanne Bauset

La prison!

Je suis très heureux de la décision du tribunal. M. Turcotte souffre peut être d'un trouble d'adaptation, mais celui-ci ne l'empêche pas de discerner le bien du mal. Il a tué ses enfants par vengeance, pour infliger une douleur immense à son ex-conjointe. Je ne souhaite maintenant qu'une chose: que son environnement se réduise à une petite cellule à barreaux jusqu'à la fin de ses jours.

Martin Champoux, Longueuil

Mentalement instable

Je continue de croire que Guy Turcotte était mentalement instable au moment du drame. Considérant la gravité du crime et des circonstances, je ne peux concevoir que ce dernier a agi en toute lucidité, d'autant plus qu'avec un tel geste, il avait tout à perdre, notamment son droit de pratique. Bref, on verra ce qu'en disent les conclusions du nouveau procès.

Jean-Pierre Payer, Trois-Rivières

Une intoxication temporaire

Si une personne prend un verre et tue quelqu'un avec son véhicule, on le condamne et il n'est pas considéré comme criminellement non responsable à cause d'une intoxication temporaire. Je suis contente de constater que les mêmes règles seront appliquées pour juger M. Turcotte.

Nathalie Fortin

L'espoir de justice

Jamais libération n'a été plus aberrante que celle de Guy Turcotte. Dans mon milieu de travail, nous nous sommes demandé comment il avait pu s'en tirer à si bon compte. J'espère que cette fois justice sera faite.

Francine Nolet

Inexcusable

On ne tue pas impunément des enfants, ni personne d'ailleurs. La détresse mentale ne constitue pas une excuse. Détresse mentale ou non, nous devons tous, comme citoyen, assumer les conséquences de nos actes. Échapper aux conséquences d'un crime si gratuit est inacceptable, alors bravo pour cette décision de la Cour d'appel.

Linda Boudreau

Juger selon les faits

J'espère qu'avec ce nouveau procès, on saura mieux interpréter les témoignages des experts en psychiatrie et juger l'accusé selon les faits: deux enfants sont morts et leur père les a tués dans des circonstances atroces. Avant les faits, l'accusé était probablement perturbé et maintenant, il est à tout le moins dérangé. Justice doit être rendue, et cette fois selon les règles de l'art. C'est à ce prix que la justice retrouvera sa crédibilité.

Léon Brouillard