Il existe une règle non écrite qui veut qu'un maire d'une ville ne se mêle pas des élections dans une autre ville. Je vais me permettre ici de franchir cet interdit, car le candidat à la mairie d'Ahuntsic-Cartierville pour Projet Montréal, avec l'appui de son chef Richard Bergeron, a décidé d'inviter toute la couronne nord de Montréal dans la campagne électorale de Montréal.

Paul Larocque

Il a en effet annoncé publiquement son opposition au projet actuel de parachèvement de l'autoroute 19, un projet qui, rappelons-le, consiste à compléter le tronçon entre l'autoroute 440 à Laval et l'autoroute 640 à Bois-des-Filion, en y insérant notamment des voies réservées pour un service rapide par bus entre Bois-des-Filion et le métro de Laval. Pour information, ce tronçon est à plus de 3 km de l'île de Montréal.

Dénonciation de l'étalement urbain, annonce d'une hausse (non démontrée par ailleurs) du nombre d'automobiles et d'une baisse de la qualité de l'air dans l'arrondissement Ahuntsic-Cartierville, bref, tous les slogans et les lieux communs de l'écologisme anti-banlieue sont invoqués. Pourtant, ce projet est dûment inscrit au Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD) que ces mêmes dénonciateurs ont accueilli avec enthousiasme. Comme quoi on en retient bien ce que l'on veut, quand ça fait notre affaire.

Cette prise de position de Projet Montréal traduit malheureusement une conception assez particulière de la métropole et des intérêts de la ville centre. Elle s'ajoute à des propos récents de M. Bergeron en début de campagne, dénonçant le départ des familles vers les vilaines banlieues qui vampiriseraient Montréal en la privant d'investissements immobiliers et d'une démographie plus dynamique. 

À les entendre, on croirait que certains souhaitent ériger une frontière de béton et de barbelés entre Montréal et les banlieues, avec évidemment des barrières et des péages sur les ponts...

Une métropole forte n'est pas constituée par une ville centrale morose entourée de banlieues faméliques. Une métropole forte et attractive repose sur le dynamisme de chacune de ses constituantes. Nous sommes heureux, sur la couronne nord, d'avoir accueilli la compagnie Bombardier pour y construire les avions de la CSeries. Nous sommes fiers de constater qu'Ericsson a choisi de s'installer dans la MRC de Vaudreuil-Soulanges sur la couronne sud de Montréal, et nous saluons avec enthousiasme le choix de la compagnie Ubisoft, qui a investi dans l'arrondissement Villeray. Ces trois entreprises n'avaient pas à choisir entre deux villes de la région de Montréal, mais plutôt entre la région de Montréal et 10 ou 15 autres régions métropolitaines dans le monde. 

De même, nous avons applaudi la décision du gouvernement d'aller de l'avant avec la ligne bleue du métro, même si aucun banlieusard ne l'utilisera jamais, et nous croyons que le théâtre Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse ou le DIX30 à Brossard ne sont pas en concurrence, mais bien en complémentarité avec le Quartier des spectacles à Montréal. Plus il y aura d'espaces culturels, d'infrastructures de transport et d'entreprises partout dans la grande région de Montréal, mieux ce sera.

La région métropolitaine de Montréal se situe au tout dernier rang des 30 grandes régions métropolitaines en Amérique du Nord pour la richesse économique, soit le PIB par habitant. Ce n'est pas la faute aux banlieues. 

Il y a une locomotive qui traîne de la patte, avec des acteurs qui se vautrent encore dans des luttes stériles et des débats entamés il y a un demi-siècle (la sempiternelle et fausse image du trou de beigne et des banlieues-dortoirs date de plus de 50 ans). Il est à peu près temps d'en sortir.