Je suis immigrante, arabo-musulmane et suis fonctionnaire à Revenu Québec. Je suis trifluvienne d'adoption. Je ne suis pas voilée. Je suis venue ici parce que l'amour m'a appelée, pour me marier avec un Québécois de «souche».

Publié le 4 sept. 2013
Malika Chakou

Je vis ici depuis 15 ans dans le bonheur avec mon amoureux. Mes meilleures amies sont Julie, Sandra, Cécile, Ginette... mais des femmes voilées aussi. Nous partageons nos secrets les plus sérieux, mais nos futilités aussi.

Je découvre la poésie de Félix Leclerc et récite celle de Gaston Miron. Gilles Vigneault est mon idole et j'affectionne René Claude. J'ai un souvenir pour Claude Léveillée et j'ai des frissons lorsque j'écoute Pauline Julien. Richard Desjardins me ravit et la sublime Clémence Desrochers me connecte à mon âme.

Je reçois des cadeaux à Noël et ouvre des yeux d'enfant devant la splendeur des arbres de Noël. Je me régale dans les cabanes à sucre et me délecte des produits québécois. Je partage les valeurs québécoises, mais je respecte ma religion. Je ne bois pas et ne mange pas de porc. Personnellement, je n'ai pas de problèmes. Je suis une femme dite «intégrée» parce que je ne suis pas voilée, comme si les femmes voilées ne l'étaient pas.

J'ai toujours admiré Pauline Marois pour son combat et sa persévérance et j'ai applaudi lorsqu'elle a été élue. J'étais contente de voir une femme comme premier ministre du Québec! Un sentiment de fierté me pince le coeur lorsque je la vois à la télé. Je la prends pour modèle.

Aujourd'hui, cette fameuse charte des valeurs québécoises qui pointe à l'horizon m'inquiète. Aujourd'hui, je peux dire comme Robert Charlebois dans Lindbergh «Mais ché'pu où chu rendu» !

Si les signes religieux sont interdits dans la fonction publique en général et si les femmes de ma religion et de ma communauté sont stigmatisées, est-ce que je serais heureuse, moi qui suis non voilée? Est-ce que j'applaudirai en disant: «Youppi? Moi, j'ai un emploi au gouvernement» ? Je me sens donc concernée par la marginalisation des femmes de ma communauté.

Le Québec est mon chez-moi. Je vis ici en confiance comme un bébé au sein de sa mère. Aujourd'hui, je suis perturbée parce que la mère, justement, se prépare à rejeter son bébé!

J'ai souvent entendu que le voile islamique est imposé à la femme par le mari. Celle-ci, en l'arborant, exprimerait sa soumission à son mari. Laissez-moi vous dire que c'est archifaux. La plupart des femmes le mettent par soumission à Dieu et justement pour exprimer ouvertement leur liberté et leur identité.

Je sais qu'il y a des abus dans ce domaine, que des mineures se voilent parfois parce qu'elles sont influencées par leur mère, par leurs grandes soeurs ou parce que les parents les obligent à le faire. Mais justement, le rôle de l'école est de détecter et de protéger ces mineures qui sont encore vulnérables. Les assistantes sociales sont là en partie pour cela, non?

Mais les femmes voilées, qui sont majeures et vaccinées, doivent être libres de le porter. Je suis consciente que dans un esprit de partialité et d'objectivité, l'État a l'obligation de protéger les endroits où se prennent des décisions, comme le domaine de la loi et de la justice en interdisant le port de signes religieux. Ça, je peux le comprendre, mais de là à les interdire dans tous les domaines de l'emploi...

De grâce, si vous pensez que la femme musulmane n'a pas de liberté sous son voile, ne lui réduisez pas celle dont elle peut jouir sous le vaste ciel du Québec!