«Les jeunes Canadiens ne veulent pas tous jouer au hockey». C'est le nouveau slogan de la campagne de Tennis Canada. Mais sur le terrain, Tennis Canada veut-il vraiment des enfants de classe moyenne?

Yves Bernard

Si nous sommes tous heureux des performances affichées par les joueurs de tennis canadiens Vasek Pospisil et Milos Raonic à la Coupe Rogers et des joueuses comme Eugénie Bouchard ou Aleksandra Wozniak, dans le tennis d'aujourd'hui, les effets bénéfiques réels de leurs prouesses sur la masse de nos jeunes risquent malheureusement d'être éphémères ou des feux de paille.

J'ai deux enfants inscrits dans le hockey mineur depuis plusieurs années. L'un d'eux (Simon, 12 ans) a aussi développé une passion depuis deux ans pour le tennis et a un bon potentiel. À l'exemple de son frère que nous avons inscrit en sport-études au hockey (environ 1000$ annuellement, en plus de l'équipement), nous avons voulu faire de même avec Simon en l'inscrivant en sport-études au tennis dans une école secondaire offrant ce volet en collaboration avec Tennis Montréal au stade Uniprix.

Une surprise nous attendait... Coût approximatif d'environ 10 000$ pour l'année. On parle de dix fois plus! Comment croyez-vous qu'une famille normale peut se payer cela?

Quand je vois la publicité «Les jeunes Canadiens ne veulent pas tous jouer au hockey», je suis un peu révolté. D'une part, c'est une publicité que je trouve un peu méprisante, car on n'a pas à tenter d'abaisser un autre sport pour s'élever. Deuxièmement, si on veut démocratiser le tennis chez les jeunes, il faut permettre à ces enfants et aux parents de lutter à armes égales. Or, ce n'est pas le cas.

L'accès au tennis doit être démocratisé en priorité au niveau scolaire avec la mise sur pied un programme d'accessibilité raisonnable au plan financier afin de permettre à ceux qui veulent étudier et travailler fort dans ce sport de pouvoir le faire.

Nous savons tous que seulement un pourcentage infime de joueurs parviendra à une carrière professionnelle, mais les enfants ont le droit d'y rêver.

Les organisations de hockey l'ont compris depuis longtemps et c'est pourquoi des milliers de jeunes rêvent de devenir des Sidney Crosby ou des Mario Lemieux. Le rêve est possible et les sacrifices financiers des parents réalisables pour la classe pauvre et moyenne.

Si l'initiative publicitaire de Tennis Canada de solliciter le public pour créer un fonds reste louable, on devra toutefois travailler plus étroitement avec les grands décideurs du monde de l'éducation pour créer de véritables programmes de développement.

Simon n'ira pas en sport-études au tennis cette année, ni l'an prochain. On n'en a pas les moyens. Nous lui avons expliqué pourquoi. Mais il y a sans doute des centaines de Simon, et encore plus talentueux, qui ont dû se résigner à abandonner eux aussi ce rêve.

C'est surtout ça qui est dommage.