Le dernier rapport annuel de Statistique Canada montre que le taux de criminalité a diminué de 3% de 2011 à 2012... encore une fois. En fait, la baisse du taux de criminalité n'est pas récente puisqu'en 10 ans, le taux de criminalité a chuté du quart pour l'ensemble du pays. Pour les sceptiques, ajoutons que le taux de criminalité en 2012 est le plus bas depuis 1972.

David Henry

Peut-être que moins de crimes sont commis, mais peut-être que ces crimes sont plus graves? Selon Statistique Canada, l'indice de gravité de la criminalité (un outil développé pour pondérer les statistiques en fonction de la gravité objective du délit) a lui aussi diminué de 3% cette année. Depuis dix ans, il a chuté de 28%.

Force est de constater que nous vivons dans une société où nous sommes de plus en plus en sécurité. Et c'est très bien ainsi.

Mais alors, comment expliquer la croissance importante de la population carcérale? En 2002-2003, 12 652 détenus étaient incarcérés sous responsabilité fédérale (peine de deux ans et plus) contre 14 419 en 2011-2012, soit une augmentation de près de 14%. Quand on sait que l'incarcération d'un détenu coûte en moyenne 114 364$ par année et que les dépenses liées aux services correctionnels fédéraux ont augmenté de 27,8% depuis cinq ans, on peut s'interroger sur les priorités du gouvernement... Ces fonds sont attribués aux dépenses correctionnelles au détriment de la santé, de l'éducation ou de l'emploi.

La population carcérale sous juridiction provinciale (peine de deux ans moins un jour) a également augmenté au cours des dernières années. En 2011-2012, la population moyenne quotidienne des personnes condamnées au Québec a connu une hausse de 10,1% en cinq ans.

Il semble entendu que la seule réponse des gouvernements tant provinciaux que fédéraux à la surpopulation carcérale passe par la construction de nouvelles prisons. Celles-ci coûteront des millions aux contribuables dans un contexte de diminution de la criminalité.

Il existe pourtant des mesures alternatives à l'emprisonnement (peines à purger dans la communauté sous surveillance, travaux communautaires, amendes), qui permettent d'assurer une meilleure sécurité à long terme de nos communautés, car la prison n'est pas un lieu où l'apprentissage de meilleurs comportements est favorisé. 

La réinsertion sociale se fait dans la communauté avec des services d'aide et de soutien comme le réseau des maisons de transition. Par ailleurs, la libération conditionnelle, donc sous surveillance, constitue aussi une mesure phare dans un processus de réinsertion sociale.

Comme le taux de criminalité diminue depuis 40 ans, il est inapproprié que le gouvernement du Canada puisse attribuer cette baisse à sa politique «tough on crime» en matière de justice pénale.

Cependant, la mise en place de sentences minimales, la création de nouvelles infractions, la restriction de la libération conditionnelle, l'abolition de la clause de la dernière chance et de la libération expéditive sont toutes des mesures contribuant à accroître la population carcérale et ne favorisant pas nécessairement la sécurité publique. Par ailleurs, l'abolition du pardon et du programme Option-Vie rend aussi plus difficile la réinsertion sociale des personnes contrevenantes.

Albert Einstein définissait la folie de la manière suivante: «la folie, c'est de répéter le même comportement et de s'attendre à un résultat différent». L'expérience historique (l'Angleterre au XIXe siècle, les États-Unis dans les années 80-90) a démontré que l'imposition de sentences plus sévères ne permet pas d'assurer la sécurité des citoyens. Par exemple, le taux d'incarcération aux États-Unis est sept fois supérieur au nôtre et pourtant, le taux d'homicide y est quatre fois plus élevé. 

Serions-nous tous, collectivement, devenus fous pour accepter des politiques en matière de justice pénale que nous savons vouées à l'échec?