Le Québec est choqué. Les dénonciations et les accusations de corruption se succèdent à un rythme soutenu. Doit-on s'en surprendre? Hélas non.

Mis à jour le 22 juin 2013
Pierre Simard

Partout dans le monde, il est courant d'apprendre que des élus et fonctionnaires ont bradé l'argent des contribuables à des fins d'enrichissement personnel ou pour en tirer des avantages partisans.

Évidemment, les formes et l'ampleur de la corruption varient d'un pays à l'autre. Il existe cependant une relation étroite entre l'importance de l'État dans l'économie et le niveau de corruption observé.

Comme nous le montre l'indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International, les pays les moins corrompus sont des pays prospères laissant une grande place à la concurrence et à l'économie de marché. À l'inverse, les pays où l'on a décelé le plus de corruption se caractérisent par un État omniprésent.

Au Québec, nous sommes théoriquement une économie de marché. En pratique toutefois, l'État s'ingère un peu partout dans notre vie. Nous sommes d'ailleurs les champions nord-américains de l'impôt et des dépenses publiques. Il ne faut donc pas se surprendre que la corruption y fasse des ravages.

Là où le bât blesse, c'est que pour contrer la corruption, notre premier réflexe est de réclamer davantage des gouvernements. On demande à celui, qui est le premier responsable de la corruption, de s'ériger en justicier pour assurer notre protection contre les malversations dont il est la source. Comme si davantage d'État et de bureaucratie étaient la solution à trop d'État et de bureaucratie.

C'est ainsi que dans la foulée de la commission Charbonneau et des arrestations de l'UPAC, notre gouvernement a mis en place une série de contrôles et de règlements pour l'octroi des contrats publics. En principe, ce sont maintenant les fonctionnaires de l'Autorité des marchés financiers (AMF) qui ont la responsabilité de choisir les firmes qui pourront transiger avec nos gouvernements.

Évidemment, nos élus n'ont pu résister très longtemps à réserver ce monopole de décision à des fonctionnaires. Au début du mois de juin, le président du Conseil du trésor annonçait des assouplissements à sa loi. Désormais, nos élus auront 60 jours pour infirmer les décisions de l'AMF. En attendant, on aura appris que la loi ne s'appliquait pas à la F1: une subvention, ce n'est pas un contrat. Comme si verser de l'argent directement à un escroc étranger était plus décent que de signer un contrat avec un escroc local. Enfin...

En réalité, notre lutte contre la corruption risque d'en stimuler une autre. Dans une économie réglementée, on retrouve deux types de corruption. La première, celle qui retient présentement notre attention, consiste à corrompre un décideur public pour se faire octroyer directement un contrat sans passer le jeu de la concurrence. On parle ici d'échange de contrats contre des pots-de-vin.

Mais il y a aussi une autre forme de corruption qu'il faut anticiper. Celle où un escroc cherchera à corrompre un décideur public pour contourner l'amoncellement de règlements et de contrôles publics implantés pour combattre la première forme de corruption. On échangera alors des autorisations et des certificats de probité contre des pots-de-vin.

En réalité, il n'y a pas de solutions bureaucratiques à la lutte contre la corruption. La seule façon efficace de la combattre consiste à limiter le pouvoir de nos élus et fonctionnaires. Pour reprendre une formule à la mode, il suffit de séparer la politique de l'économie.