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La fausse pénurie de médecins

On pourrait mieux équilibrer les cohortes de finissants...

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On pourrait mieux équilibrer les cohortes de finissants en médecine afin de réduire le surplus de médecins spécialistes et simultanément pallier la pénurie encore bien réelle de médecins de famille.

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Grégoire Bernèche

L'auteur est président de la Fédération des médecins résidents du Québec.

Il existe actuellement au Québec un paradigme selon lequel il y aurait pénurie de médecins. Cette idée reçue, bien que s'appliquant réellement en médecine de famille, est tout simplement erronée en ce qui a trait au nombre de médecins spécialistes.

Depuis plusieurs années, en toute connaissance de cause, la planification des effectifs médicaux, telle qu'ingéniée par le gouvernement du Québec, engendre un surplus de médecins spécialistes dans plusieurs disciplines. Environ 40% des spécialités sont touchées par cette saturation de main-d'oeuvre médicale, allant de l'anesthésiologie à la neurochirurgie, en passant par la chirurgie cardiaque et la chirurgie générale.

Ce problème a deux sources interreliées. D'une part, le nombre absolu d'étudiants en médecine à travers le Québec a plus que doublé au cours des 10 dernières années, passant de 406 en 2003 à 847 en 2013 (et même 910 en 2014). D'autre part, le ratio d'étudiants en médecine s'orientant vers une résidence en spécialité est chroniquement débalancé par rapport à ceux qui optent pour la médecine familiale (53% en spécialité contre 47% en médecine de famille). Ce déséquilibre amplifie les surplus de médecins spécialistes et détourne de précieux effectifs de la médecine familiale.

Bien que cela demeure un risque à moyen terme, le chômage médical n'est heureusement pas encore une réalité au Québec. Toutefois, la saturation du marché du travail en médecine spécialisée entraîne d'importantes problématiques, tant pour les médecins spécialistes eux-mêmes que pour la population.

Ces enjeux se situent à trois niveaux. D'abord, nombreux sont les futurs médecins qui se sont surspécialisés dans un domaine de pointe qu'ils ne pourront exercer, faute d'opportunités d'emploi dans des milieux répondant pleinement à leurs qualifications. Imaginons l'exemple d'un orthopédiste surspécialisé en reconstruction du genou qui ne peut pratiquer dans un centre de référence dans ce champ d'expertise, faute d'opportunités d'emploi.

Deuxièmement, après 10 ans d'étude, de nombreux nouveaux médecins spécialistes, en particulier dans les disciplines chirurgicales, doivent composer avec le manque de disponibilité des plateaux techniques (bloc opératoire, équipements) et des équipes de soutien (infirmières spécialisées), ce qui peut mettre en péril le maintien de leurs habiletés techniques. C'est d'ailleurs généralement cette inadéquation entre les plateaux techniques disponibles et les besoins de la population qui est à la source des délais d'attente dans plusieurs spécialités médicales, et non pas le nombre de médecins spécialistes.

Enfin, l'abondance de main-d'oeuvre médicale contribue à l'essor d'un mode de pratique «nomade» pour plusieurs médecins spécialistes, qui n'ont d'autre choix que d'étaler leur pratique entre plusieurs cliniques et centres hospitaliers. Cet élément a plusieurs conséquences, notamment celle d'annihiler la valeur ajoutée d'un médecin intégré à sa communauté.

De nombreuses solutions existent pour corriger ce problème de surpopulation de médecins spécialistes. Comme nous l'avons vu, cette problématique tirant ses sources autant du nombre absolu d'étudiants en médecine que du nombre de médecins résidents qui poursuivent une formation en spécialité, il est possible de jouer sur les deux terrains.

On pourrait privilégier une piste de solution permettant de mieux équilibrer les cohortes de finissants en médecine pour diminuer la population de futurs médecins spécialistes et simultanément pallier la pénurie encore bien réelle de médecins de famille. Ceci ne peut toutefois être réalisé sans un investissement accru dans les centres de formation en médecine familiale, afin de leur permettre d'augmenter leur capacité d'accueil.

Advenant l'échec de cette approche, ces enjeux ne seront-ils véritablement traités que lorsque le nombre d'étudiants en médecine sera diminué?




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