Semble-t-il sensé d'abaisser l'âge requis pour voter à 16 ans tandis que, du même souffle, on songe à augmenter l'âge d'obtention du permis de conduire à 18 ans? Au Québec, les opinions divergent. On envisagerait donc de permettre à nos jeunes de prendre des décisions politiques alors qu'ils n'ont pas encore atteint l'âge de la majorité...  

Publié le 26 mars 2013
Melody Blais
L'auteure est une étudiante de 17 ans qui réside à Laval.

Croyez-vous sincèrement que les adolescents sont en mesure de faire un choix éclairé quant à la politique de leur pays? Moi, je ne crois pas. D'ailleurs, quand on y pense sérieusement, il n'y a pas que les adolescents qui ont une compréhension plutôt déficiente, voire parfois même carrément farfelue, de leur environnement politique. Personne ne sera surpris d'apprendre que certaines personnes légalement considérées comme adultes  vont régulièrement voter sans réellement savoir exactement pour qui ou même pourquoi ils votent. La politique restera toujours un sujet compliqué à saisir pour certaines strates de la population. Et ces gens votent malgré tout, produisant donc, qu'on le veuille ou non, des résultats inévitablement biaisés.

Alors, serait-ce vraiment une bonne idée que d'ajouter l'insulte à l'injure en donnant encore plus de poids à cette masse d'individus politiquement incultes, ce qui finalement ne ferait que biaiser encore plus les résultats de nos consultations populaires ?

Plusieurs diront que les jeunes sont l'avenir et que nous nous devons de considérer leur opinion. La réalité est que, malheureusement, il n'y a toujours pas de vrais cours de politique dans nos écoles secondaires (ce qui au moins aurait pu faire comprendre aux adolescents les réels enjeux politiques d'aujourd'hui). Trop souvent, les jeunes ne pensent qu'à eux et au moment présent, sans vraiment se préoccuper des répercussions et des conséquences à long terme de leurs actions et décisions.

En politique, on ne sera pas vraiment surpris de constater que les meilleurs politiciens n'ont presque jamais gagné leurs élections. Et pourquoi donc, me demanderez-vous? Parce qu'il faut savoir faire des concessions aujourd'hui pour vivre mieux demain. La société en général votera pour les belles promesses, non pas pour les meilleurs projets...

À 16 ans, avons-nous vraiment assez de maturité pour comprendre une telle évidence? J'entends déjà les adolescents se plaindre en m'assurant qu'ils sont à la hauteur et qu'ils sont tous responsables. Eh bien non, je ne vous crois pas : je viens tout juste d'avoir 17 ans et je vous assure que même si j'avais le droit de vote, en toute conscience, je n'irais pas voter. Pourquoi? Tout simplement parce que je ne suis pas assez informée et que je ne prendrais probablement pas les bonnes décisions. Je n'aurais simplement pas le temps, entre deux devoirs, d'écouter les débats politiques à la télévision pour faire un choix éclairé.

À 18 ans, lorsque j'aurai atteint la majorité légale, j'accomplirai avec fierté mon devoir de citoyen. Je prendrai le temps d'écouter ce que les politiciens ont à dire, et je prendrai alors les bonnes décisions pour l'avenir de mon pays en toute connaissance de cause. Mais pas avant, désolé.

Je crois sincèrement que 16 ans, c'est encore vraiment trop tôt pour assumer de telles responsabilités. À cet âge-là, les jeunes ont des préoccupations totalement différentes et beaucoup plus personnelles, comme leurs études et leurs choix de carrière par exemple.

Voici quelques exemples de pays où on accorde le droit de vote à 16 ans : Iran (dictature), Cuba (dictature). L'idée d'un droit de vote à 16 ans vous semble-t-elle toujours aussi attrayante?

Le Parti québécois voudrait instaurer le droit de vote à 16 ans. Pourquoi? Parce que ce parti veut éventuellement faire un nouveau référendum sur l'indépendance du Québec et il pense obtenir une majorité de « oui » avec le vote de nos jeunes. Le droit de vote à 16 ans, est-ce vraiment pour les bonnes raisons?