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La peur derrière la haine

Je crois que le nerf de cette campagne... (Photo tirée d'une publicité du gouvernement)

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Je crois que le nerf de cette campagne publicitaire du gouvernement sur l'homophobie est de sensibiliser et d'éduquer la population à une réalité présente dans toutes les sphères de la société.

Photo tirée d'une publicité du gouvernement

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Stéphane Doyon
L'auteur est un Montréalais de 40 ans.

La Presse

Je trouve bien désolant ce qui se passe depuis quelques jours. Je parle ici des commentaires suscités par la diffusion de deux courtes publicités ayant pour objectif de diminuer les tabous entourant l'homosexualité.

Le fiel sur les réseaux sociaux est particulièrement frappant. Et je ne parle pas ici d'un «groupe» en particulier: les réactions haineuses abondent de partout! Je crois que la société - car nous en faisons tous partie - n'a pas compris l'essence de ces messages, qui est d'éduquer la population.

Mais d'où vient cette haine? En quoi l'image de deux personnes qui s'embrassent quelques secondes peut-elle déclencher de telles réactions? Certains pourfendeurs de ces publicités se cachent derrière l'éducation de leurs enfants et les «bonnes moeurs». N'est-ce pas prendre ses enfants en otage que de démontrer publiquement son manque d'ouverture?

Je ne jette pas la faute sur personne. J'ai reçu une très bonne éducation de mes parents. Un papa électricien et une maman infirmière. Je réussis bien dans la vie. Je suis une personne très ouverte et très appréciée de mon milieu de travail, de mes amis, de ma famille et de mon amoureux. Je suis un homme.

Pourtant, pendant ma jeunesse, l'homosexualité n'a jamais fait partie des discussions. Mon éducation sexuelle s'est faite à l'aide d'un livre dans lequel étaient illustrés un homme et une femme. Pour mes parents, l'amour entre deux personnes de même sexe n'était même pas une possibilité. Ils n'ont pas eu cette éducation.

Il m'a fallu plusieurs années avant de m'accepter face à cette réalité. J'ai eu peur de me faire rejeter par mes parents, par ma famille, par mes amis. Je savais qu'il y avait un tabou et que personne - moi le premier - n'arrivait à trouver les mots pour exprimer ma situation.

Mes parents en ont parlé dans leur chambre à coucher et je me suis parlé dans la mienne. Je me suis senti isolé, j'ai pensé disparaître. Je me suis alors imposé ladite «normalité» en vivant une relation amoureuse avec une femme pour montrer que j'étais à la hauteur. Mais à la hauteur de quoi? J'ai ainsi fait du mal à des gens que j'ai aimés en jouant un personnage qui ne me ressemblait pas. Je n'en veux pas à personne. C'est mon histoire, j'ai fait des choix selon ce qui me semblait le mieux pour moi, selon l'éducation que j'avais reçue.

Un jour, j'ai eu une discussion avec ma grand-maman sur le sujet. Ma grand-maman de 95 ans. Bien qu'elle m'aime beaucoup et qu'elle est heureuse que je sois heureux, elle ne comprend pas mon «choix». «Ce doit être passager.» Elle a cru que je reviendrais en couple avec une femme. Elle ne comprenait pas, disait-elle, parce qu'elle n'avait pas été éduquée pour concevoir qu'un homme puisse aimer un homme. Voilà.

Je crois que certains parents sous-estiment leurs enfants. Estimez-les plutôt. Éduquez-les. Je dis que derrière toute cette haine se cache la peur.

J'ai d'ailleurs un léger malaise quant à cette phrase utilisée par le gouvernement québécois pour sa campagne de sensibilisation: lutter contre l'homophobie. Voici la définition du mot lutte telle qu'écrite dans le Robert: «Opposition violente entre deux adversaires (individus, groupes) dont chacun s'efforce d'imposer à l'autre sa volonté et de faire triompher sa cause.» Dans homophobie, il y a le mot phobie: «Crainte excessive, maladive de certains objets, actes, situations ou idées.»

Je crois que le nerf de cette campagne est de sensibiliser et d'éduquer la population à une réalité présente dans toutes les sphères de la société. C'est ce qu'on appelle l'évolution. Ce n'est pas la guerre. C'est l'amour.

En visionnant ces deux publicités, j'ai eu peur. J'ai sous-estimé la société. Ne me donnez pas raison s'il vous plaît. À vous d'écrire la suite.




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