Tels des oiseaux migratoires qui auraient manqué de jugement, les cyclistes d'hiver sont de retour dans nos rues. En fait, ils ne les ont jamais quittées puisqu'ils roulent à longueur d'année par principe écologiste, par obstination ou par dépendance au sport. Ce qui les a quittés avec la première neige, par contre, c'est leur sens élémentaire de la courtoisie et leur capacité à bien comprendre le cadre routier.

Martin Grégoire<br><i>L'auteur est fonctionnaire et habite Montréal.</i> LA PRESSE

Depuis quelques années, le nombre d'irréductibles qui croient raisonnable de faire du vélo l'hiver se multiplie, situation frappante au lendemain d'une tempête ou les jours de verglas. Qui retrouve-t-on alors en plein milieu de la rue bloquant les automobilistes ou pire, les autobus de la STM? Souvent, le piéton les rencontrera aussi sur des trottoirs aux dimensions restreintes et il devra s'aplatir pour leur céder le passage.

Est-il légitime qu'un cycliste bloque la voie à deux rangées d'automobiles sur Christophe-Colomb un mardi matin de tempête? Je ne crois pas. J'y vois plutôt un manque de civisme qui malmène la bonne entente routière et une incapacité à accepter que l'hiver, il n'y a pas assez de place dans la rue pour les cyclistes.

En effet, les amoncellements de neige glacée qui s'accumulent de chaque côté des rangées de voitures stationnées (côté trottoir et côté rue) réduisent l'espace disponible dans les rues. De plus, l'unique façon d'avancer à une vitesse acceptable l'hiver est de rouler dans les traces des automobiles, car seule la friction de leurs pneus permet de dégager entièrement l'asphalte. Quelle ironie: c'est le passage d'un grand nombre d'automobiles qui rend praticable le vélo hivernal!

Les glorieux cyclistes d'hiver imposent leurs principes ou leur dépendance aux autres usagers de la route. Des associations de vélos militent même en ce sens, faisant preuve d'un dogmatisme qui ne tient pas compte des conditions routières réelles. Les pistes cyclables, même multipliées, même déneigées, ne couvriront jamais qu'une fraction des rues et resteraient partiellement glacées. C'est dommage, mais le vélo l'hiver n'est pas praticable et devrait être interdit, même si l'hiver est doux, car les précipitations demeurent fréquentes et repoussent à chaque fois les cyclistes au milieu de la rue.

Je suis un multi-usager de la route (métro et autobus l'hiver, et bicyclette le reste de l'année au boulot, piéton de quartier et automobile pour les courses), et je crois au partage raisonnable de la route entre tous. Chacun doit faire des compromis.