Les récents scandales portant sur les inconduites des gestionnaires nourrissent la réflexion des éthiciens et des chercheurs en éthique de même que celle des étudiants qui suivent des cours en éthique et gestion.

Publié le 20 nov. 2012
Lyse Langlois<br><i>L'auteure est professeure au département des relations industrielles de l'Université Laval.</i> LA PRESSE

Le côté positif de ces inconduites résulte du fait que l'éthique apparait à l'avant-scène des préoccupations sociétales ainsi que la nécessité de s'y attarder, tant dans les programmes de formation universitaire que dans les organisations elles-mêmes.

Toutefois, le revers est sombre et l'impact de ces scandales énorme sur le plan de la confiance du public. Il est maintenant évident qu'il est trop facile de corrompre un individu, élu ou nommé, par le biais, entre autres, de la sollicitation.

Cette facilité avec laquelle des gestionnaires, des chefs et des fonctionnaires ont été corrompus met au jour un aspect qu'ils ont en commun, soit la faiblesse de leur jugement, faiblesse qui se révèle devant des enjeux éthiques de toutes sortes.

Cette faiblesse indique à la fois une incapacité à percevoir les enjeux et les dommages réels qu'une inconduite entraîne et une propension à volontairement suspendre son jugement afin de poursuivre un intérêt personnel ou une satisfaction matérielle. Ce manquement éthique éloigne dangereusement la personne de son rôle et de ses responsabilités face au bien public et aux institutions. Le résultat constaté est une impossibilité à exercer un leadership éthique collaboratif. Par ailleurs, il est tentant d'associer le leadership éthique uniquement aux dirigeants et aux gestionnaires, mais dans des structures démocratiques de plus en plus horizontales, le leadership éthique est l'affaire de tous et demeure une responsabilité partagée. La passivité devant les inconduites questionne, tout comme le repli sur soi ou l'aveuglement volontaire. Cette passivité collective est associée à une absence d'engagement dans la construction d'une culture éthique au profit d'un maintien d'une zone de confort: je ne vois rien, je n'entends rien, je ne dis rien.

Ce manque de leadership éthique déstructure la conscience au coeur de laquelle se trouve la capacité à juger avec sensibilité éthique. Son absence met en évidence ce qu'avait relevé Jacques GrandMaison en 1999, soit le manque de discernement, d'intelligence critique, de liberté intérieure, d'articulation du sens, de courage de même qu'une incapacité à faire le choix judicieux des valeurs à privilégier. Cet important sociologue québécois avait vu juste en écrivant

son ouvrage Quand le jugement fout le camp dans lequel il parle d'une éclipse qui peut être dissipée par l'exercice du jugement, - ou par ce que je propose, soit le développement d'une organisation qui saura soutenir l'exercice d'un leadership éthique conscient.

J'ose espérer que cette éclipse des dernières années, qui s'étend présentement, pourra être interrompue par une volonté ferme d'y remédier de la part des leaders politiques et sociaux. Ainsi que par un appel à l'initiative et à la responsabilité individuelle et collective face aux effets destructeurs de la poursuite incessante des intérêts personnels. En effet, rien de moins qu'un savoir-être, un pouvoir d'agir et un savoir-vivre ensemble ancrés dans l'éthique ne permettront de rebâtir la confiance en nos institutions et les gens qui les gouvernent.

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Professeure au département des relations industrielles de l'Université Laval, Lyse Langlois est également chercheuse à l'Institut d'éthique appliquée et responsable de l'axe en éthique organisationnelle et chercheuse au Centre interuniversitaire sur la mondialisation du travail.