Lors des Jeux olympiques de 2008 à Pékin, la planète a été ébahie par la qualité des installations sportives et la redoutable efficacité organisationnelle des Chinois. Plusieurs se sont alors demandé s'ils ne profitaient pas de l'occasion pour en mettre plein la vue afin de faire le marketing de leur régime.    

Publié le 17 nov. 2012
Guy Gagné<br><i>Retraité de Sainte-Julie, l'auteur rentre d'un séjour en Chine.</i> LA PRESSE

À circuler en Chine, force est de constater que la réponse est non. Les Chinois ont simplement fait ce dont ils sont capables. Depuis une dizaine d'années, ce pays vit une effervescence et un développement incroyables: partout, ce sont des tours d'habitation et de bureaux, des ponts, des routes, des autoroutes en construction. Shanghai, à elle seule, compte déjà 5000 édifices de plus de 20 étages.

À voir la rapidité et l'efficacité avec lesquelles les Chinois développent leurs infrastructures, on aurait le goût de leur confier la gérance des nôtres. Sûrement qu'en deux ans, ils auraient refait le pont Champlain, l'échangeur Turcot, construit des lignes de métro, tout en prolongeant l'autoroute 20 de Mont-Joli à Gaspé...

La société chinoise est en pleine mutation. Sous le règne de Mao, la classe instruite a été envoyée aux champs. Ce fut le cas de la mère de notre guide qui est médecin et qui a dû passer plusieurs années à cultiver le riz. Mais dans les années 80, les dirigeants ont décidé de se tourner vers l'économie de marché; les habitants des campagnes ont afflué vers les villes. Ce renversement de situation a mis une pression énorme sur le gouvernement pour donner du travail à ces gens, les loger, les nourrir. Et ainsi éviter l'agitation sociale.

La Chine vit sous un régime dictatorial communiste qui a ses défauts. Toutefois, il ne s'agit pas d'une dictature à la Kadhafi ou à la Castro. Les sept nouveaux membres du comité de direction, avec Xi Jinping comme président, ont reçu un mandat de 10 ans. Paradoxalement, cette forme de gouvernance leur a sans doute permis d'agir avec toute l'efficacité requise pour faire face aux problèmes et éviter le chaos.

Nos sociétés occidentales sont démocratiques, mais peut-être sommes-nous victimes à l'occasion de «démocratie excessive». Pensons au projet d'amphithéâtre du maire Labeaume qui a presque coûté la tête de Mme Marois à la tête du PQ, sans compter les innombrables débats juridiques. On voit mal également comment on aurait pu réaliser ici le barrage des Trois Gorges, le plus gros complexe hydroélectrique au monde terminé en 2006 avec une année d'avance et qui a nécessité le déplacement de 1,3 million de personnes et sûrement de beaucoup de batraciens... Pourtant ce projet gigantesque était essentiel pour répondre à la demande énergétique et éviter la construction de centrales au charbon très polluantes.

La Chine a été perçue comme un mauvais citoyen planétaire en refusant de signer le protocole de Kyoto, prétexte dont se sont servis le Canada et les États-Unis pour faire de même. Mais en visitant la Chine, on comprend mieux pourquoi: la Chine est devenue l'usine du monde et en déplaçant l'activité industrielle , on n'a pas seulement délocalisé les emplois, mais aussi la pollution afférente. De plus la Chine est en plein développement de son parc automobile: Pékin comptait 50 000 voitures en l'an 2000; elle en compte maintenant 4 millions.

La Chine est en plein boom alors que la situation est stable en Occident. Ce qui ne signifie pas que les Chinois sont insensibles à l'environnement: la densité urbaine est très forte, le transport en commun bien développé, on plante beaucoup d'arbres et on fait plus de recyclage en Chine que dans plusieurs villes américaines.

La Chine, déjà la deuxième économie du monde, devancera les États-Unis d'ici quelques années. Par leur intelligence, leur discipline, leur travail, leur dynamisme, les Chinois ne l'auront pas volé.