Autrefois, les curés recommandaient à leurs neveux d'apprendre l'anglais et à leurs ouailles d'éviter la ville où ils y perdraient leur âme au contact des méchants, notamment les protestants.

Guy Marion<br><i>L'auteur est thérapeute conjugal et familial. Il réside à La Prairie.</i> LA PRESSE

En lisant les propositions des péquistes au sujet du français, à savoir assujettir les CPE et les cégeps à la loi 101, je me suis rappelé le jour où j'ai débuté à l'école St-Dominic's. J'étais retourné à mon ancienne école, Saint-Charles-Garnier, pour partager la nouvelle avec frère directeur. Dès qu'il m'a entendu, sans dire un mot, il a viré les talons et m'a claqué la porte. Il a sûrement pensé, comme on m'avait dit, que je perdrais mon âme avec les Anglais protestants.

Je n'ai perdu ni mon âme ni ma langue maternelle.

Ma connaissance des deux langues, même si les péquistes en considèrent une comme étant étrangère, m'a permis de poursuivre me études jusqu'au doctorat en Alberta, de m'ouvrir sur le monde, de voyager en me faisant comprendre. De lire les publications en langue anglaise, de recevoir des clients anglophones.

Je suis un amateur d'histoire. Je lisais récemment Russia Against Napoleon, période où la langue française était la lingua franca à travers l'Europe. Bien sûr que j'enviais cette prédominance de ma langue maternelle; malheureusement, la situation linguistique d'aujourd'hui n'est plus la même.

Ce que les rêveurs comme les péquistes ne veulent pas admettre, c'est que ce sont l'industrie et le commerce - et le pouvoir qui s'ensuit - qui dictent la langue de communication internationale, et non les diktats des gouvernements.

J'ai voyagé en Espagne, au Vietnam, au Cambodge et en Italie au cours de la dernière année. Quelle est la lingua franca, croyez-vous? Au Vietnam, des personnes âgées parlent encore le français, mais les jeunes? C'est la même chose ailleurs. J'ai voyagé dans les pays scandinaves; ce n'est pas le français qui vous est utile. Et pourtant, ces gens continuent d'utiliser leur langue maternelle.

Vouloir assujettir les garderies et les cégeps à la loi 101 est une aberration. C'est nuire à l'épanouissement économique, culturel et personnel de nos jeunes et de notre société.

Qu'aurait fait une de mes petites filles lors d'une compétition internationale d'escrime en Jordanie l'an dernier? Que les éberlués du PQ sortent donc de leur ghetto; il y a de la vie hors ghetto.

Il est faux de prétendre que l'apprentissage d'une langue en bas âge nuit à celui de la langue maternelle. D'ailleurs, il y a déjà longtemps que les gens bilingues parlaient bien ou mal les deux langues et non une seule.

Mon bilinguisme me permet de travailler avec des gens des deux langues et de proposer des outils qui n'existent pas en français à ceux qui peuvent en bénéficier. L'unilinguisme constitue un appauvrissement culturel et intellectuel, tout comme la séparation du Québec aggraverait notre situation économique. Des entreprises d'ici se développent à Toronto plutôt qu'ici tout en fournissant des services en français grâce à des immigrés qui parlent le français. Nous sommes déjà assez pauvres et taxés comme cela.

Ça fait des siècles qu'on brandit l'épouvantail de l'assimilation. C'est bien plus une question de recherche du pouvoir de certains.