La valse hésitation du président français François Hollande vis-à-vis l'expression «non-ingérence, non-indifférence» pour décrire les relations de la France avec le Canada, y compris le Québec, n'est pas surprenante.

Jacques Roy<br><i>L'auteur est un ex-ambassadeur du Canada en France.</i> LA PRESSE

En effet, lorsque les autorités françaises ont choisi cette expression il y a quelque 30 ans, c'était faute de mieux. À la recherche de mots qui pouvaient exprimer leur désir de faire plaisir au mouvement souverainiste, elles ont voulu déclarer qu'elles n'étaient pas indifférentes à leurs ambitions.

Mais en même temps, elles ne voulaient pas s'aliéner le reste du Canada et ont pensé que pour atteindre ce résultat, elles n'avaient qu'à souligner la notion de non-ingérence dans nos affaires.

Comme l'expression a passé la rampe lors de sa première utilisation, les autorités françaises, à l'exception du président Sarkozy, ont continué à l'utiliser parce qu'elles n'ont rien trouvé de mieux pour la remplacer qui pouvait satisfaire les souverainistes.

Que cette expression soit encore utilisée est toutefois surprenant. En effet, les relations entre pays, régions, nations, villes, vilages sont habituellement décrites comme étant excellentes, spéciales, amicales, complexes, difficiles, mauvaises, mais jamais par un double négatif. Et de plus, un double négatif qui va de soi.

Les États-Unis ne sont pas indifférents à ce qui se passe au Canada et ne doivent pas s'ingérer dans nos affaires. Mais que dirait-on si lors d'une visite de notre premier ministre à Washington, le président  déclarait à la presse mondiale, dans la splendeur des jardins de la Maison-Blanche, que nos relations se distinguent par  leur non-ingérence et leur non-indifférence? Poser la question est y répondre.

Et pourtant, la première ministre Marois, comme plusieurs de ses prédecesseurs souverainistes, est allée à Paris quémander cette déclaration. Mais dans un premier temps, le président Hollande a été prudent et n'a pas voulu utiliser la formule ni-ni, mais il a finalement admis qu'elle existait depuis 30 ans et qu'elle prévalait encore aujourd'hui.

Malgré cette réticence évidente du president de ne pas vouloir être pris au piège de cette expression, la première ministre s'est dite satisfaite que «le Président ait choisi ses mots pour dire qu'il était toujours à nos côtés et que cette relation de solidarité allait se perpétuer».

Il devrait être évident pour les autorités souverainistes que de tels épisodes ne sont pas utiles. Si Mme Marois avait relu les articles des journaux durant les visites du premier ministre Bouchard à Paris entre 1996 et 2000, elle aurait réalisé que les controverses soulevées par l'expression ni-ni et les autres déclarations de soutien ont irrité les autorités françaises et pratiquement mis au rancart les autres objectifs qu'il avait.

Comme il fallait s'y attendre, les autorités françaises ont bien reçu la première ministre Marois. Cela va de soi. Hors de la France, c'est au Québec que se trouve la plus importante population d'origine française au monde et il est normal que les autorités françaises désirent avoir des relations cordiales, chaleureuses, amicales, fraternelles, spéciales, excellentes avec le Québec.

Mais si les autorités souverainistes veulent une expression qui diminue les relations excellentes et amicales qui existent entre le Canada et la France, elles n'y arriveront pas. En effet, les intérêts de la France au Canada hors Québec sont trop importants pour que ses autorités les mettent en péril.

Mais il serait surprenant que les autorités souverainistes cessent de poursuivre leurs efforts. Elles semblent préférer répéter leurs mêmes demandes même si les autorités françaises  sont las de les écouter.

Dans ce contexte, la visite de la première ministre Marois n'a pas eu le succès qu'elle aurait pu avoir. Le résultat était prévisible: une visite ni figue, ni raisin.