Les très importants rappels de produits du boeuf en provenance de l'usine albertaine de XL Foods devraient nous inciter à réfléchir sur la valeur des services que nos administrations publiques et leurs agences nous rendent. Plusieurs de ces services, même en tenant compte du coût de leur financement par nos taxes et impôts, sont une source d'augmentation de notre bien-être et de croissance économique.

Jean-Pierre Aubry<br><i>L'auteur est économiste et fellow associé au CIRANO.</i> LA PRESSE

Cette réalité devrait nous porter à rejeter les propos de Maxime Bernier publiés dans le National Post du 14 février dernier. Ses déclarations nous laissaient croire que les dépenses du secteur public auraient une valeur moindre que celles du secteur privé, et que l'effet net des dépenses du secteur public est de réduire l'activité économique parce qu'on diminuerait l'usage de ressources plus productives dans le privé pour augmenter l'usage de ressources moins productives dans le secteur public.

Certes, il y a des services publics qui «valent» moins que ce qu'ils nous coûtent. De plus, il est important de réaliser des gains d'efficience dans de nombreux secteurs. Il y a cependant beaucoup de services qui valent plus que leur coût. Certains même valent beaucoup plus. En cette période de compressions de dépenses publiques, il est important de faire les bons choix si ces compressions entraînent des réductions de services.

Les contribuables n'ont pas besoin de savoir uniquement de combien divers budgets de dépenses seront réduits, ils doivent aussi savoir quels sont les services dont la qualité sera réduite et ceux qui ne seront plus offerts. Tout cet exercice doit être réalisé de façon aussi transparente que possible, permettant ainsi une reddition de qualité des choix faits par nos administrations publiques.

Le dénigrement systématique de la valeur des services publics offerts à la population est dangereux, car il peut mener nos administrations publiques à faire de mauvais choix qui réduiront à moyen et à long terme son bien-être. Par exemple, il est faux de croire que le secteur privé peut s'autoréglementer à un très haut niveau dans le secteur financier et dans celui de la production et de la distribution de produits alimentaires. La crise financière en témoigne.

Les récents rappels de produits du boeuf et surtout la difficulté d'obtenir des informations pertinentes sur ce dossier montrent clairement le manque de transparence et d'imputabilité du gouvernement fédéral. De façon plus générale, le gouvernement Harper doit se montrer beaucoup plus transparent sur l'impact de l'ensemble de ses compressions de dépenses sur les services que ses agences et lui offrent aux Canadiens.