Par delà le psychodrame fiscal entourant la rétroactivité d'une mesure annoncée par le nouveau gouvernement, c'est la défense des intérêts d'une minorité de contribuables aisés qui a mobilisé les partis d'opposition dans le dossier de l'abolition de la taxe santé.

Pierre Paquette<br><i>Professeur d'économie au collège Maisonneuve, l'auteur a été député du Bloc québécois.</i> LA PRESSE

Il est tout à fait légitime pour le gouvernement de vouloir transférer environ 1 milliard en impôts qui proviennent actuellement de 4,75 millions de Québécois de la classe moyenne et à faible revenu vers une partie de nos concitoyens qui gagnent un revenu brut de plus de 150 000$ par année et qui ont un revenu imposable supérieur à 130 000$.

Cela va permettre de ramener un peu de progressivité dans notre régime fiscal qui en a beaucoup perdu au cours de la dernière décennie. C'est d'autant plus vrai que la taxe santé est régressive, contrairement à ce qu'affirme Jean-Marc Fournier, le chef par intérim du PLQ. Si on n'en est pas exempté à cause d'un revenu quasi inexistant, il s'agit d'une contribution générale de 200$ (400$ pour les familles) que chaque adulte doit payer, peu importe son revenu. On comprend facilement que 200$ représentent beaucoup plus d'argent pour quelqu'un qui gagne le salaire minimum que pour un millionnaire.

Et la CAQ n'est pas en reste. Le député de Lévis, Christian Dubé, n'a pas hésité à condamner la mesure qui touche les contribuables aisés parce que «ce sont les riches qui font marcher l'économie». Mitt Romney doit être bien d'accord avec lui. La déclaration du député de la CAQ est choquante parce que l'effort de chacun au développement économique du Québec est essentiel et que le revenu n'est pas une mesure des efforts qu'on y met.

En fait, le député de Lévis reprend à son compte un lieu commun classique qui dit que plus les riches sont riches, plus ils vont investir et plus les autres auront d'emploi. Malheureusement, ça ne se passe pas comme ça. Il y a actuellement 500 milliards de liquidités au Canada, de «l'argent mort» selon Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada. Mardi, Jim Flaherthy, le ministre fédéral des Finances, se désolait que malgré toutes les baisses d'impôt consenties, les investissements n'étaient toujours pas au rendez-vous.

Dans ce contexte, l'abolition de la contribution santé permettra aussi de laisser dans les poches d'une grande majorité des contribuables de l'argent qui pourra servir à des achats, ce qui aura un effet positif sur l'activité économique. La décision du gouvernement est donc une mesure de soutien souhaitable et est loin de présager un quelconque échec.

En manifestant autant de mauvaise foi, les partis d'opposition sont en train de se piéger. Il devra y avoir nécessairement un compromis et leur attitude rend la négociation plus difficile.

Le nouveau ministre des Finances, Nicolas Marceau, l'a rappelé. Si le gouvernement est prêt à négocier les modalités, il ne pliera pas sur le fond: cette taxe régressive doit être abolie dans les 100 premiers jours du mandat comme Mme Marois s'y est engagée pendant la campagne électorale. Ils ont raison aussi bien pour l'équité fiscale que pour le soutien dont a besoin l'économie québécoise.