Si la campagne qui s'achève a été relevée, presque captivante par moments, elle a aussi été marquée par une bonne dose de démagogie.

Mis à jour le 27 août 2012
Jean-Herman Guay
L'auteur est professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke.

Promettre des miracles: côté santé par exemple, la Coalition avenir Québec prétend résoudre en une seule année un problème qui hante tous les systèmes de santé au Canada. Le Parti libéral a versé dans la même démagogie en 2003. Sur ce plan, le Parti québécois fait cette fois exception.

Susciter l'indignation: dans le dossier de la corruption, on additionne sans distinction les allégations, les accusations et les condamnations par les tribunaux, comme si la présomption d'innocence n'existait plus.

Montrer un empressement trompeur: chaque chef vante les mérites de la commission Charbonneau, mais certains se promettent d'agir avant même qu'elle n'ait rendu son rapport! C'est le cas de la CAQ avec son projet de loi 1.

Afficher une prodigalité en promettant de geler, ou de simplement indexer, les tarifs d'électricité, de garderie ou de scolarité en masquant les conséquences à moyen terme. Ici, le PQ remporte la palme!

Ou encore, annoncer des baisses d'impôt sans savoir si l'économie le permettra réellement. Le PLQ l'a fait en 2003 et en 2008, la CAQ le fait présentement.

Faire payer les autres: «faire payer les riches», les sociétés minières, mais aussi l'obscure bureaucratie des agences de santé et des commissions scolaires, laissant du même coup croire qu'elles ne font rien d'utile. Le PQ et la CAQ ont des cibles différentes, mais le procédé est identique.

Annoncer l'apocalypse advenant la victoire de l'adversaire. Pour le PLQ et le PQ, François Legault va multiplier les crises sociales et installer une «culture de la chicane». Pour la CAQ et le PLQ, Pauline Marois va provoquer le chaos avec la souveraineté et les référendums d'initiative populaire.

Ne jamais reconnaître les bons coups de l'adversaire. En matière de délais pour les chirurgies, de décrochage scolaire ou d'environnement, le Québec a enregistré des progrès depuis 10 ans. Quand on compare la performance des élèves québécois aux tests internationaux, ils se classent parmi les premiers du monde. Or les partis d'opposition préfèrent ignorer ces réalisations: on braque toute l'attention sur ce qui reste problématique.

Enfin, prétendre que les choses vont changer radicalement au lendemain du 4 septembre alors que l'on sait tous que la capacité des gouvernements à modifier le cours des choses est limitée.

Rassurons-nous, le discours politique n'est pas que démagogique: il y a dans chacun des cas des convictions, des engagements, une idéologie qui pointe dans une direction, mais tout est exagéré, grossi, présenté d'une manière surréaliste. Cette démagogie vise parfois les militants, mais le plus souvent on cherche à convaincre les électeurs indécis qui suivent généralement peu les affaires publiques. Mais elle est aussi utilisée pour alimenter les médias qui guettent le clip de 30 secondes, la phrase assassine en vue d'en faire un titre accrocheur.

À long terme cependant, l'excès démagogique alimente le cynisme. En comparant promesses gonflées à l'hélium et réalisations concrètes, on ne voit forcément que le mensonge. À travers cette lorgnette, la société semble faire du surplace. Pire: l'administration publique apparaît désorganisée, incapable de répondre aux vrais besoins, voire corrompue. Pas étonnant que bien des gens gardent leur distance à l'endroit de la politique et des partis politiques. De nombreuses études ont d'ailleurs démontré que plus une société était scolarisée et informée, plus elle s'affranchissait du discours partisan.

Évidemment, il serait illusoire d'attendre un débat électoral sans aucune démagogie. On peut cependant souhaiter qu'à l'avenir, on mise plus sur l'intelligence des citoyens que sur des leviers émotifs.

Autrement, le démagogue piège le démocrate.