Avec le déclenchement des élections, Pauline Marois a clairement réitéré le désir de son parti d'étendre la loi 101 au niveau collégial afin d'empêcher les francophones et les allophones de fréquenter les cégeps anglophones. Celle qui proposait en 2008 d'enseigner l'histoire et la géographie en anglais au secondaire fait à nouveau fausse route sur la question linguistique.

Publié le 18 août 2012
Frédéric Bastien
L'auteur est professeur d'histoire au collège Dawson.
LA PRESSE

Notons d'abord que les péquistes et leurs supporteurs présentent une vision déformée et alarmiste de l'enseignement collégial en anglais. Les cégeps anglophones sont dépeints comme une gigantesque machine à assimiler les francophones de souche et les immigrants qui les fréquentent. Une fois immergés dans cet environnement, on affirme que ces derniers iront à l'université en anglais, qu'ils vivront et travailleront dans cette langue par la suite au point de devenir des anglophones.

Il faut comprendre que parmi les néo-Québécois qui fréquentent le cégep anglais, plusieurs sont déjà totalement francisés. À titre d'exemple, le collège Dawson où j'enseigne compte un fort contingent d'Haïtiens, de Maghrébins, de Juifs sépharades et de Latino-Américains. Il est complètement exagéré de prétendre que le fait que ceux-ci fassent leur cégep en anglais, voire leur université, les transformera irrémédiablement en citoyens anglophones, un raisonnement qui est tout aussi absurde lorsqu'on l'applique aux francophones de souche.

Outre cet argument, les partisans de la loi 101 au cégep invoquent le fait que le passage de francophones et d'allophones au collégial anglais contribue à l'anglicisation du marché du travail. On confond ici les causes et les conséquences d'un phénomène. L'anglais prend de plus en plus de place sur marché du travail. Soit. Mais cette situation s'explique bien davantage par des phénomènes comme la mondialisation et surtout par le peu d'empressement de certaines entreprises à fonctionner en français au Québec, une situation qui prévaut même à la Caisse de dépôt. Les francophones et les allophones qui fréquentent les cégeps anglophones ne sont aucunement responsables de cette situation.

S'il est parfaitement légitime de s'inquiéter de l'avenir du français au Québec, il reste que le fait de parler anglais constituera toujours un avantage dans la vie. À cet égard, Pauline Marois ne semble pas réaliser que ce ne sont pas toutes les familles québécoises qui ont les moyens d'envoyer leurs enfants dans des séjours d'immersion dans le reste du Canada, aux États-Unis ou outre-mer. Cette possibilité n'existe pas pour les étudiants issus de milieux modestes et certains d'entre eux décident de faire leur cégep en anglais pour remédier à cette chance qu'ils n'ont pas eue.

Le collège Dawson compte à cet égard un fort contingent d'étudiants issus de quartiers moins favorisés, de Montréal-Nord entre autres. Il s'agit d'élèves studieux qui, après 11 ans d'études en français, souhaitent devenir bilingues afin de mieux réussir dans la vie.

Ce sont ces étudiants qui seront les premiers pénalisés si la promesse péquiste se réalise. Pendant ce temps-là, les fils et filles de bonne famille continueront de bénéficier de l'apprentissage d'une langue seconde. Que ce soit au collège de Lachine, à Marianapolis ou à Brébeuf, les collèges privés lancent des programmes d'immersion ou d'échanges entre cégeps anglophones et francophones. À terme, la promesse du PQ risque de créer un régime de bilinguisme pour les riches et d'unilinguisme pour les pauvres.

En élargissant la Charte de la langue française au cégep, Pauline Marois sacrifiera des étudiants défavorisés, mais soucieux d'améliorer leur sort afin de calmer les purs et durs de son parti. Déçus de l'horizon référendaire bloqué, ces derniers ont fait de l'application de la loi 101 au collégial la mesure phare du programme identitaire péquiste.

En réalité, cette promesse aura un impact marginal sur la situation du français au Québec et sera porteuse d'une injustice sociale.