Il n'est pas facile de lancer un nouveau parti politique qui ne veut pas se retrouver dans la marginalité ou demeurer coincé entre les deux partis qui semblent destinés à alterner comme gouvernement. En fait, les nouveaux partis ont très souvent une popularité en dents de scie: ils atteignent des sommets avant de ne retomber à presque rien quand la situation se corse ou quand un nouveau venu devient à son tour la vedette du moment.

Publié le 11 août 2012
Gaétan Frigon
L'auteur est président exécutif de Publipage, ex-PDG de la SAQ et de Loto-Québec. Il commente régulièrement l'actualité durant la campagne électorale au Québec.
LA PRESSE

Lorsqu'il y a des élections, la question de l'oeuf avant la poule ou la poule avant l'oeuf se pose toujours avec pertinence: on ne veut pas voter pour un tel parti parce qu'il n'a pas l'expérience du pouvoir, et il n'a pas l'expérience du pouvoir parce qu'on ne vote pas pour lui. Pourtant, ces troisièmes partis ou cette troisième voie sont souvent nécessaires à notre système démocratique, car ils amènent des idées nouvelles qui valent la peine d'être considérées.

Donc, les qualités du chef ainsi que de l'équipe de ces nouveaux partis prennent une importance considérable dans le contexte d'élections générales. Et à cet égard, je peux me permettre certains commentaires pertinents considérant que, lorsque j'étais PDG de la SAQ, outre Bernard Landry, je me suis rapporté à François Legault et à Pauline Marois, deux politiciens aux antipodes. Et voilà qu'aujourd'hui, les deux sont des chefs de parti qui, à différents degrés, ont des chances de former le prochain gouvernement.

D'une part, avec François Legault, tout était clair, net et précis. Nous discutions de chiffres, d'orientation et d'objectifs à rencontrer. Et nous pouvions analyser en profondeur les résultats financiers et leur impact sur les revenus du gouvernement. Pour une personne venant du milieu des affaires comme moi, c'était du bonbon.

D'autre part, avec Pauline Marois, c'était le contraire. Même après quelques heures de discussion, il était impossible de savoir ce qu'elle pensait réellement, si elle était d'accord ou non. Elle prenait des notes, mais ne donnait jamais de réponse précise. Elle gardait toutes ses options ouvertes et ses cartes demeuraient cachées. C'était évidemment son droit d'agir ainsi.

Mais, au-delà du chef lui-même dans un nouveau parti, il y a sa capacité à former un gouvernement avec une équipe crédible. Et François Legault peut compter sur des poids lourds dans des ministères importants. Un Christian Dubé aux Finances pourrait s'avérer un digne successeur de Raymond Bachand, le pilier du Parti libéral, alors que Gaétan Barrette est l'homme tout désigné pour brasser la cage au ministère de la Santé, qui en a bien besoin. Quant à Jacques Duchesneau, sa réputation d'homme intègre n'est plus à faire. Son entrée en scène est tout un coup pour la CAQ. Il a les qualités de ses défauts et les défauts de ses qualités, mais il représente un symbole, celui de la lutte contre la corruption.

Quant à François Legault lui-même, tout comme plusieurs hommes et femmes d'affaires, il n'a pas un grand charisme, mais au moins il sait compter et semble prêt à s'attaquer à certaines vaches sacrées qui ont peut-être fait leur temps. À tout le moins, il accepte de mettre ces vaches sacrées sur la table.

Dans une campagne électorale, tout peut arriver. La presque disparition du Bloc québécois lors des dernières élections fédérales, alliée à la montée spectaculaire du Nouveau Parti démocratique au Québec, en sont des exemples, qui démontrent qu'il ne faut jamais prendre les électeurs pour acquis.

La CAQ est un nouveau parti et rien n'est gagné, mais il demeure une option valable pour quiconque veut sortir des sentiers battus et prendre le risque de voter pour quelque chose de nouveau.