«Au Québec, on n'aime pas ça la chicane», disait l'un. Je trouve qu'on commence à s'y plaire. Je ne sais pas si le printemps érable a fait sortir les «chicaneux» de leur terrier ou bien si c'est la polarisation du débat qui a fait monter les monsieur-madame-habituellement-calme sur leurs grands chevaux, mais ces temps-ci, les couteaux volent bas.

Jean-Pierre Serra<br><i>L'auteur est un réalisateur de Montréal.</i> LA PRESSE

Si quelqu'un ne pense pas comme nous, c'est l'ennemi.

Nous assistons au Québec à un réveil du débat des notions de gauche et de droite. Il est a priori fascinant que tant de personnes aient retrouvé un tel engouement pour la politique. Par contre, nous ne pouvons nier que le débat est, la plupart du temps, extrêmement maladroit et non productif. Croire que ceux qui ne sont pas du même côté de la ligne que nous sont nos adversaires est, je crois, le coeur du problème.

Selon l'auteur John Gray, les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus. Pourtant, les deux sexes ont appris à cohabiter pacifiquement sur Terre même s'ils sont complètement différents. Ils ont même développé une saine relation d'interdépendance.

J'ose faire le même parallèle avec les gens de droite et de gauche. Je soupçonne qu'ils ne viennent pas de la même planète. Comme on ne peut pas exiger d'une femme de devenir un homme en lui en vantant tous les avantages, et vice-versa, on ne peut pas demander à quelqu'un de gauche de changer de camp, et vice-versa. Ça serait tout simplement comme lui demander de changer son ADN.

Non seulement c'est impossible de le faire, mais ce n'est pas souhaitable. La gauche a besoin de la droite, et la droite a besoin de la gauche. Comme l'histoire nous l'a prouvé à maintes reprises, l'épanouissement d'un peuple se trouve quelque part au centre. Nous avons absolument besoin d'un poids et d'un contrepoids pour atteindre l'équilibre.

Fondamentalement, la gauche prône l'égalité et la droite, la liberté. Ne sont-ce pas là deux belles valeurs qui sont nécessaires à notre quête du bonheur? Dommage que certains droitistes pernicieux voient dans l'égalité un certain nivèlement par le bas et que certains gauchistes mal intentionnés traduisent liberté par égoïsme.

À cause de la tension qui a monté au Québec au cours des derniers mois, dès que quelqu'un exprime une opinion qui va à l'encontre de la nôtre, trop de gens tombent alors dans la facilité et sortent les insultes. «Comme il est con», dit-on. Mais pourquoi est-il con? Parce qu'il ne pense pas comme nous, voilà.

Tous ceux qui pensent comme nous, on les met sur un piédestal. Ce sont des gens réfléchis, inspirants et lucides. Pour ce qui est des autres, on s'en fout. En disant qu'ils sont cons, c'est comme si ça neutralisait ce qu'ils venaient de dire. On se sent mieux. Peut-être qu'en rabaissant les autres, on se sentira plus grand.

Le mot d'ordre est «Exprime-toi»... tant que ça ne va pas trop à l'encontre de mes idées. Pourtant, dans un contexte normal, les divergences d'opinions sont à encourager. La vie est remplie d'exemples de confrontation qui font avancer la société: le producteur et le réalisateur au cinéma, ou encore, l'employeur et le syndicat en affaires, en passant par l'ingénieur et l'architecte en construction, sans oublier le côté givré et le blé entier d'une céréale Mini-Wheats.

Bref celui qui ne pense pas comme nous n'est pas l'ennemi. Il ne faut pas chercher à l'assimiler. C'est peine perdue. Avec de la patience et de la diplomatie, on peut peut-être parvenir à lui faire accepter quelques-unes de nos idées, mais pas à reprogrammer son ADN. Alors si on ne peut pas faire changer l'autre et on ne peut pas se passer de l'autre, qu'est-ce qu'on fait? Il faut apprendre à travailler ensemble. On n'a pas le choix.