J'ai été presque outrée de lire le texte de Romain Gagnon. Simplement parce qu'étant de cette génération de supposés enfants-rois, je suis bien placée pour en connaître les membres.

Marion Deslandes Martineau<br><i>L'auteure est une étudiante (en grève, contre son gré depuis le 16 février) qui réagit à l'opinion « L'enfant-roi a grandi » publiée mercredi.</i> LA PRESSE

Je n'ai pas été élevée en ayant tout ce que je voulais en claquant des doigts. J'ai goûté aux punitions quand je désobéissais. J'ai suivi mes parents jusqu'à 15-16 ans partout où ils voulaient que j'aille, sans me faire demander si j'avais envie d'aller chez ma tante Ginette ou au 5 à 7 chez les grands-parents. «Tu viens, pis c'est toute.» Point final.

Et je suis loin d'être la seule à avoir été élevée ainsi, si je me fie aux nombreux autres jeunes de mon âge que je connais. Il faut arrêter de généraliser et de montrer du doigt la masse des jeunes grévistes en les appelant d'un seul nom. Ils ne sont pas tous des bébés gâtés, comme les policiers ne sont pas tous des salauds qui frappent sans raison et abusent de leur pouvoir. La vie est faite de nuances et je crois qu'il est bien injuste de traiter les grévistes d'enfants-rois sans les connaître. Oui, certains ont des iPhone. Oui, certains ont des iPhone payés par leurs parents qu'ils n'ont eu qu'à engueuler un peu pour recevoir cette gâterie. Mais d'autres aussi ont été élevés comme moi. Ils ne se font pas payer leurs études par leurs parents, vivent encore chez eux parce que c'est trop coûteux de vivre seul en étant payé au salaire minimum et en essayant d'avoir de bonnes notes. Ils travaillent pour obtenir ce qu'ils veulent, et pour s'acheter des petits cadeaux s'ils en ont envie.

Nous ne sommes pas tous des enfants-rois parce que nous sommes nés en 1980 ou 1990. Tout comme vous, les baby-boomers, n'êtes pas tous des idéalistes égocentriques. Tout comme les grévistes ne sont pas tous des casseurs, et comme les Noirs ne sont pas tous des voleurs... C'est ridicule!

J'en ai marre d'entendre les étudiants crier «fuck the police!» à tout bout de champ en s'en prenant à tout ce qui porte un badge sous prétexte que deux d'entre eux les ont poivrés et matraqués. Et j'en ai marre aussi d'entendre le gouvernement traiter tous les étudiants d'enfants-rois gâtés pourris sous prétexte que deux d'entre eux ont un portable et vivent en appartement.

On dirait que le Québec est en guerre; ça s'insulte d'un bord à l'autre et personne n'est content. Des deux côtés, pro et antigrève, commençons donc par nous respecter un peu.