Les substantifs ne manquent pas pour réclamer au gouvernement l'abdication devant les pratiques inacceptables et répréhensibles des étudiants, moratoire, trêve, pause, armistice et le dernier, le carré blanc. Pourquoi ne pas du même souffle demander aux étudiants, s'ils sont responsables de leurs actes, de mettre leurs revendications sur la glace, pour ajouter à la terminologie ? La sécurité de chacun serait ainsi assurée.

Fernand Lavigne<br><i>L'auteur est un retraité de Montréal.</i> LA PRESSE

Qui a dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions ? Certes l'intention de la trêve du carré blanc est noble, cependant le diagnostic des symptômes du mal fait défaut. En tout respect envers les médecins en faveur du carré blanc, l'analgésique n'a sa place qu'en médecine. Encore par analogie, on ne traite pas un cancer par un moratoire dans l'espoir de peut-être découvrir plus tard le remède sans douleur. Eh oui, parfois l'amputation est incontournable. Bref, au départ, le moratoire du carré blanc est un pari sans avenue prévisible, donc irrecevable. C'est maintenant que l'abcès doit être crevé, pas dans six mois, encore moins dans un an.

Par ailleurs, il n'est pas étonnant qu'en fin de semaine les chefs des centrales syndicales se soient également prononcés en faveur d'un moratoire. Leur réaction était aussi prévisible qu'un lever de soleil. Eux qui ont financièrement soutenu les associations protestataires se retrouvent maintenant pris à leur propre jeu. Logiquement on ne lâche pas prise dans une cause gagnante. Si le moratoire est réclamé, c'est que d'évidence la cause est devenue perdante pour eux. La tactique d'acheter du temps n'est pas nouvelle chez les groupes de pression.

Sur un autre plan, les leaders des étudiants contestataires parlent d'un printemps historique. C'est exact. Sauf que par sagesse ils devraient garder à l'esprit que Montcalm a probablement pensé la même chose pendant sa dernière bataille.

Ces jeunes leaders, instigateurs de la démocratie directe, sont maintenant victimes de leur propre idéologie. Il demeure encore inconcevable pour eux de lever le drapeau blanc afin de se rallier aux us et coutumes de la démocratie parlementaire. Même à l'aube d'élections prochaines.

De part et d'autre, plusieurs leçons seront à tirer de cette crise. Les étudiants en retiendront peut-être, que la démocratie est un moyen, non pas une fin en soi. Et comme tout moyen, peu importe sa forme, la démocratie a ses limites dans la pratique. C'est ce que les adeptes de la démocratie directe découvrent à mal par l'expérience. C'est peut-être là un ajout en complément à leurs cours de sociologie politique.