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La fécondation in vitro : un miracle à surveiller

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On estime aujourd'hui à environ 4 millions le nombre d'enfants nés grâce à la fécondation in vitro, tous pays confondus.

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Johann Roduit, Vincent Menuz
Les auteurs sont respectivement doctorant en droit
, éthique biomédicale à l'Université de Zurich (Suisse), post-doctorant en bioéthique à l'Université de Montréal.
La Presse

Le 25 juillet 1978, naissait Louise Brown, le premier bébé issu de fécondation in vitro (FIV) de l'histoire. Cette technique de procréation assistée consiste à réunir un spermatozoïde et un ovule hors du corps de la femme, au cours d'une procédure effectuée en laboratoire. L'embryon ainsi créé est ensuite implanté directement dans l'utérus de la mère - ou de la mère porteuse le cas échéant - où il continuera son développement jusqu'à sa naissance.

À ses débuts, cette technique ne faisait pas l'unanimité et beaucoup se demandaient jusqu'où pouvait aller la science : la création assistée de la vie humaine soulevait des questions fondamentales quant aux limites des interventions médicales tolérables sur l'être humain.

Un peu plus de 30 ans plus tard, la FIV est devenue une intervention médicale standard. Elle est désormais considérée comme un progrès important pour tous les parents qui font face à une impossibilité de reproduction « naturelle ». On estime aujourd'hui à environ 4 millions le nombre d'enfants nés grâce à cette technique, tous pays confondus. Le 4 octobre 2010, le professeur Robert G. Edwards a même été récompensé par le prix Nobel de médecine pour sa participation au développement de la FIV, entrant ainsi dans le panthéon des hommes ayant « apporté un bénéfice à l'être humain ».

En apparence, tout semble donc parfait : la « machine à procréer » semble bien rodée et on ne voit pas tellement ce qui pourrait noircir le tableau de la science procréative. Cependant, dernièrement, une étude scientifique suisse a fait l'effet d'une bombe en démontrant que les enfants issus de la FIV avaient des risques accrus de développer des maladies cardiovasculaires. Même si, de façon générale, les conséquences de la FIV sur la santé à long terme n'ont pas encore été déterminées de façon claire et que bon nombre d'études sur le sujet soient contradictoires, certaines évidences ont déjà montré que la reproduction assistée pouvait induire chez l'enfant ainsi conçu certains problèmes, tels que, par exemple, certaines formes des malformations congénitales, d'infirmité motrice cérébrale, de stérilité ou de cancer.

Pour l'instant, on ne sait pas si ces maux sont dus aux manipulations des gamètes lors des phases techniques de la fécondation ou bien si elles sont transmises par les parents, l'infertilité de ces derniers pouvant éventuellement être à l'origine de ces complications. Nous sommes face à la deuxième génération d'enfants nés par assistance reproductive et nous manquons de recul quant aux conséquences sanitaires possibles de la FIV à long terme.

D'un point de vue éthique, une des questions fondamentales pour les futurs parents concernés consiste à déterminer si le recours à la FIV est un risque à prendre ou à éviter. Cette question soulève le problème du « préjudice d'être né ». En France, dans les années 90, cette question a été au coeur de l'affaire Perruche, dans laquelle Nicolas Perruche a été indemnisé pour le préjudice d'être né gravement handicapé. Dans le cas qui nous intéresse, cette affaire met en lumière le dilemme qui consiste à déterminer s'il vaut mieux ne pas exister du tout, ou exister avec un risque accru de développer, potentiellement, une maladie sur le long terme.

En d'autres termes, l'alternative pour l'enfant de ne pas avoir le risque de tomber malade est simplement de ne pas exister. Pour citer Samia Hurst, bioéthicienne suisse, qui commentait récemment un problème bioéthique concernant la « non-existence », ce n'est « certainement pas une situation idéale pour l'enfant, mais faut-il pour autant décider que sa vie va être si compliquée qu'elle ne vaut pas la peine d'être vécue, qu'il aurait mieux valu ne pas naître? »

La réponse à cette interrogation est insoluble, car elle implique forcément l'être à venir qui ne peut donner son avis. Cependant, deux éléments peuvent aider les parents à prendre une décision. D'une part, comme l'a récemment indiqué le bioéthicien américain Arthur Caplan, le risque potentiel pour les enfants issus de FIV de développer une maladie liée à ce mode de reproduction doit être pris en compte par tous les futurs parents qui désirent avoir recourt à ces techniques de procréation. Il est donc essentiel d'informer les parents des risques encourus.

D'autre part, selon lui, il est nécessaire que ces enfants aient un suivi médical à long terme et que des travaux de recherches soient entrepris afin de mieux comprendre les causes de ces problèmes de santé auxquels vont devoir peut-être faire face des enfants qui n'auront pas choisi ce risque.

Un grand nombre de questions vont se poser. Par exemple, si le risque de développer une maladie suite à une FIV est connu, est-ce que les parents pourront être tenus pour responsables de l'état de leur enfant ? Ou encore, est-ce que la FIV pourrait devenir un motif d'exclusion pour les assurances maladie ? En plus de l'urgence des impératifs scientifiques et médicaux de devoir développer de nouvelles techniques procréatives sécuritaires, des solutions éthiques et sociales vont devoir être trouvées afin de répondre à ces questions et garantir un avenir heureux à tous nos enfants.




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