L'opération « Celsius » et cette saisie record de 860 millions $ de haschisch dans le port de Montréal sont de superbes occasions de refaire le débat sur l'urgence de légaliser, de décriminaliser et surtout, de taxer les drogues douces comme la marijuana.

Publié le 22 avr. 2012
Gérard Briand
Détenteur d'une MBA pour cadres spécialisés en entreprises collectives de l'UQAM, l'auteur est chargé de cours en gestion philanthropique aux niveaux universitaire et collégial.
CYBERPRESSE

Les policiers, on le sait, ont une fois de plus réussi à faire une spectaculaire sortie média pour donner suite à ce récent trafic orchestré par des chefs et caïds de mafias qui entrent et sortent de prison à répétitions. Tout cela alors que les conservateurs viennent d'abolir 19 200 postes dans la fonction publique, dont plusieurs à l'Agence des services frontaliers, incluant des postes de vérificateurs en zones portuaires qui parvenaient à peine à surveiller 1% des marchandises.

Cette lutte à la drogue et les moyens qu'on y consacre sont totalement inutiles, dépassés et sont un incontestable échec. D'ailleurs, les chefs d'État américains, la majorité débordés et appauvris et réunis la semaine dernière au Sommet des Amériques à Carthagène en Colombie viennent de réclamer une telle légalisation. Grand malheur de ce siècle Nord-Sud, deux seuls pays sur les 33 présents ont refusé l'incontournable alternative : les États-Unis et le Canada.

Pour nos voisins, on peut comprendre. Barack Obama obsédé de repartir son économie a déjà reconnu avoir déjà inhalé de la marijuana et est en pleine campagne présidentielle. En novembre, certains États américains, dont l'État de Washington, auront l'opportunité de tenir des référendums sur une telle légalisation. Des consultations qui seront calquées en fait sur cette Proposition 19 refusée il y a quatre ans par une faible marge de 56% par les Californiens dans cette hyper endettée et plus populeux état de l'Ouest états-unien, éternellement ouvert aux nouvelles idées.

Quant au Canada, dont l'épicentre de gravité politique est maintenant situé dans les sables bitumineux de Calgary, son gouvernement est idéologiquement préoccupé de construire de nouvelles prisons et d'acheter des avions chasseurs F-35 aux coûts infinis. De surcroît, Stephen Harper et ses sénateurs ne croient aucunement en cette réhabilitation des jeunes contrevenants qui pourtant a obtenu depuis longtemps d'importants succès au Québec.

Cessons de faire preuve d'hypocrisie sociale : la consommation de marijuana à des fins récréatives est répandue dans toutes les sphères de la société. Son acceptabilité sociale a été reconnue lors de nombreux sondages d'opinion successifs autant au Québec qu'en Ontario qu'en Colombie canadienne.

Comme le Québec précurseur a dû le faire il y a 80 ans pour contrer la vente d'alcool mortel frelaté, une vente de cannabis de meilleure qualité doit dorénavant être contrôlée par l'État. Comme chez nous, le commerce est de juridiction provinciale, le meilleur et plus efficace réseau de vente et de distribution possible de cette marijuana de qualité contrôlée pourrait être sans conteste celui du millier de points de vente actuel de la SAQ à transformer en Société des alcools et cannabis du Québec (SACQ)!

Sorti de l'économie souterraine, de telles SACQ créeraient ainsi de nouveaux emplois officiels de conseillers spécialisés. Ceux-ci pourraient être offerts en bonne partie à tous ces étudiants de collèges et d'universités qui désirent payer ou diminuer leurs droits de scolarité. Contrôlées par l'État, la production et la récolte pourraient facilement se faire par l'entremise de ces diverses coops agricoles régionales comme celles à Joliette, au Lac Saint-Jean ou en Montérégie qui sont également des terroirs avides d'emplois spécialisés, spécialement en cette Année internationale des coopératives.

Quant au cannabis médical - celui offert aujourd'hui dans ces Clubs Compassion qu'a tenté de fermer à plusieurs reprises la GRC laissant ainsi le champ libre aux groupes mafieux - celui-ci pourrait être vendu aux comptoirs d'ordonnances des pharmacies par tous ces cliniciens déjà formés et qui, en première ligne de soins, se sont déjà offerts pour désengorger le système de santé et les urgences d'hôpitaux.

Cependant, la vente de cannabis de qualité et une part de ses revenus doivent nécessairement être conditionnels à l'instauration d'un programme de sensibilisation sur les abus de drogues, surtout auprès des jeunes et spécialement les jeunes filles pour des raisons d'affirmation identitaire.  Ces groupes cible ont plus de facilités de se procurer ce petit joint de pot dans la cour de leur école à Montréal-Nord, en Outaouais ou à Chicoutimi que de se faire carter dans tout dépanneur pour acheter un unique paquet de cigarettes dites « légales ». Un tel programme de prévention devrait aussi miser sur la responsabilité individuelle comme le fait à l'heure actuelle le film « Dérapages » de l'animateur radio Paul Arcand ou d'autres programmes de prévention comme EducAlcool et Nez rouge qui ont été exportés depuis, dans plusieurs autres pays et sur divers continents, avec de faibles moyens financiers.

De tels revenus de la vente légale de cannabis de qualité généreraient environ 300 millions $ annuellement pour le Québec seulement. Cette somme extraordinaire équivaut en fait au tiers des revenus actuels de la vente d'alcool et spiritueux par la SAQ. C'est aussi cinq fois plus que les lucratifs revenus des pokers virtuels déjà prévus par le ministre des Finances Raymond Bachand. Une cinquantaine de casinos internet est déjà opéré mondialement à partir de Kanesatake et un nouveau est convoité sur le bord d'une nouvelle autoroute sur le territoire de la communauté des  Mohawks. À elle seule, la bande indienne aux limites des États-Unis cherche désespérément à s'organiser économiquement afin de s'éloigner du cartel et des griffes méconnues de ces compagnies mondiales de cigarettes déjà trafiquantes et aux prises en ce moment dans un procès historique jamais vu au Québec.