L'auteur est président et chef de la direction du Groupe SNC-Lavalin inc.

Pierre Duhaime

Le récent déversement de pétrole dans le golfe du Mexique a naturellement dirigé les projecteurs sur l'industrie du pétrole et du gaz. Au Canada, le débat tourne autour des sables bitumineux et de nos réserves de 178 milliards de barils de pétrole, qui constituent la deuxième source de pétrole en importance du monde après celle de l'Arabie Saoudite.

Certains partisans de cette méthode d'extraction du pétrole la disent plus sûre et plus stable que le forage en eau profonde. Elle suscite plus d'intérêt et attire davantage d'investissements. Ses détracteurs y trouvent une raison supplémentaire de vouloir nous libérer plus rapidement de notre dépendance à l'égard du pétrole.

Les sables bitumineux ne sont pas le problème, mais font plutôt partie de la solution. Tant que notre mode de vie ne changera pas radicalement, la planète aura besoin d'une source de pétrole fiable. Le Conseil mondial de l'énergie prévoit que la demande en énergie dans le monde augmentera de 35% au cours des 20 prochaines années, surtout à cause d'un accroissement de la population mondiale, qui passera de 6,7 milliards aujourd'hui à 8 milliards d'ici 2030.

Comment répondre à la demande en énergie? Même les plus ardents partisans de l'énergie renouvelable, dont les Canadiens, admettent qu'il n'est pas possible, dans l'immédiat, de renoncer rapidement aux hydrocarbures. Les biocarburants, les piles à combustible à hydrogène et d'autres formes d'énergie renouvelable comme l'énergie éolienne, solaire et géothermique sont des solutions prometteuses et méritent notre appui. Mais en vérité, elles représentent à peine 0,2% des diverses sources d'énergie actuelles.

Il nous faut continuer à explorer ces sources d'énergie alternatives. Cependant, le pétrole et le gaz demeurent les sources d'énergie les plus abordables, accessibles et faciles à acheminer tant que d'autres solutions ne seront pas bien en place. Et pour les Canadiens, elles signifient beaucoup d'emplois, d'investissements et de revenus.

Le Canadian Energy Research Institute estime que les sables bitumineux ajouteront 1700 milliards au PIB du Canada, au cours des 25 prochaines années. Ce chiffre se traduit annuellement par 19,6 milliards de revenus de plus générés par les activités liées aux sables bitumineux pour le gouvernement, lesquels peuvent servir à financer les écoles, les hôpitaux, les routes et les services qui contribuent à maintenir notre niveau de vie.

Tout le Canada bénéficie des retombées économiques des sables bitumineux. SNC-Lavalin fournit à l'industrie du pétrole et du gaz au Canada et dans le monde entier des services d'ingénierie et de construction représentant une part significative de ses activités.

L'exploitation des sables bitumineux a évidemment un impact substantiel sur l'environnement, notamment en ce qui concerne l'utilisation des terres, les émissions de CO2, les bassins de décantation des résidus et la consommation d'eau. Mais l'industrie travaille à mettre au point des procédés prometteurs plus écologiques et doit promouvoir ces succès.

Actuellement, la mise en place de technologies plus propres et plus durables connaît un essor constant. De nouvelles techniques permettent de recycler l'eau dans une proportion supérieure à 90% dans les installations de traitement et ainsi de diminuer nettement les besoins en eau douce. Le captage de CO2 et la réinjection, qui permettent d'améliorer la récupération d'huile dans les champs de pétrole de l'Alberta, sont de plus en plus rentables. L'Alberta pourrait bientôt devenir le chef de file mondial dans ces technologies.

Les nouvelles technologies ne constituent une solution ni facile ni bon marché. Pour passer du stade de la recherche à celui d'une utilisation à grande échelle, il faut que les producteurs, les gouvernements, les laboratoires de recherche et les fournisseurs de services comme SNC-Lavalin travaillent ensemble.

L'industrie dans son ensemble a également besoin du soutien de la majorité des Canadiens, sans lequel les perspectives seront nettement réduites. Les gouvernements, l'industrie et le grand public doivent s'entendre sur des objectifs et un programme communs.

Vu le poids de l'exploitation des sables bitumineux dans notre économie, la demande mondiale en énergie et le manque d'accès à cette énergie dont souffrent les peuples les plus pauvres, cela revêt une importance cruciale.