Les tergiversations se poursuivent quant à l'avenir de la raffinerie Shell à Montréal-Est. Le groupe Delek pourrait «sauver» 500 emplois et préserver la sécurité énergétique de Montréal. Voilà les deux raisons évoquées pour sauver ces installations «névralgiques». Il ne semble pas y avoir d'autre variable pour envisager la situation. Le réchauffement climatique? Le pic pétrolier? L'aspect dinosauresque et rétrograde des énergies fossiles? Le développement durable? La santé publique, peut-être? Que dalle, semble-t-il.

Marco Silvestro<br><br><i>L'auteur est un Montréalais qui détient un doctorat en sociologie.</i> LA PRESSE

De même en est-il de la situation palestinienne: il ne vaut pas la peine qu'on s'interroge sur l'entreprise Delek Petroleum U.S., qui va peut-être «sauver» notre raffinerie. Delek est l'avatar actuel (et passablement différent) de la Israel Fuel Corporation, entreprise nationale qui a accompagné la création de l'État hébreu. Privatisée depuis, Delek Petroleum Ltd demeure toutefois l'une des principales compagnies pétrolière, gazière, chimique et de désalinisation d'eau dans ce pays.

Par exemple, elle fait partie du consortium qui a découvert l'an dernier le plus gros gisement off-shore de gaz naturel dans la Méditerranée, près de la frontière libanaise. Le consortium demande actuellement à l'État un traitement «fast track» pour la construction d'un terminal gazier en zone densément peuplée. Ça ne vous rappelle rien? Ses dépanneurs et ses stations-service sont présents dans les colonies juives.

Delek est un holding possédé à 60% depuis 1998 par M. Isaac Tshuva, un des plus influents hommes d'affaires israéliens. Son groupe Delek a été classé huitième entreprise israélienne par Forbes en 2009. Depuis le début des années 2000, il poursuit une politique d'expansion mondiale et est présent maintenant en Europe et en Amérique du Nord. Sa filiale immobilière est établie à Montréal via, notamment, l'immeuble Nordelec dans Pointe-Saint-Charles et les Pyramides olympiques dans Rosemont.

Un des piliers de l'économie israélienne, Delek participe pleinement aux velléités politiques de son pays. Elle vend, notamment, des produits chimiques et du carburant à l'armée, fait des forages dans des zones contestées, fait des affaires dans les Territoires occupés palestiniens et s'est déjà associé à un sioniste militant (le patron des cafés Starbuck). L'entreprise apparaît de plus en plus dans les listes d'entreprises ciblées par la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui vise à combattre la politique d'apartheid pratiquée contre les Palestiniens par l'État d'Israël.

Je me demande lequel, de l'orgueil montréalais face à sa raffinerie ou de la situation palestinienne, pèsera le plus lourd dans la balance, si Delek se montre réellement intéressée à acheter la raffinerie Shell, ce dinosaure symbolisant l'ère industrielle dans sa plus grande erreur.