Au cours des dernières années, tous ont pu constater la désaffection des finissants en médecine envers la médecine familiale.

Mis à jour le 25 févr. 2010
Louis Godin<br><i>L'auteur est médecin et président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.</i>

Pas moins de 184 postes de résidence en médecine familiale, soit 18% des postes offerts, n'ont pas été pourvus depuis 2007 dans les facultés de médecine du Québec (si ces postes avaient été comblés, 200 000 Québécois supplémentaires auraient pu être suivis par un médecin de famille). En comparaison, moins de 4% des postes en médecine spécialisée sont demeurés vacants durant la même période.

À elles seules, ces données illustrent, de manière concrète, le peu d'attrait qu'exerce à l'heure actuelle la médecine de première ligne auprès des futurs médecins et l'urgence de renverser cette tendance.

Depuis un certain temps déjà, la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) a tiré la sonnette d'alarme et a formulé des recommandations afin de remédier à la situation. Dès octobre 2008, dans son énoncé de principes pour une politique nationale sur la médecine familiale, la fédération mettait de l'avant une série de propositions liées directement à l'environnement de formation des futurs médecins.

Même si certaines des recommandations émises par notre organisation dépendent en grande partie de la volonté des instances universitaires et gouvernementales, d'autres nous interpellaient plus directement, entre autres celles où il était question d'une plus grande exposition à la médecine familiale durant la formation. C'est pourquoi nous n'avons pas tardé à agir.

Les représentants de la FMOQ ont donc pris leur bâton de pèlerin au cours des derniers mois. De nombreuses rencontres ont eu lieu avec les étudiants, entre autres par l'entremise des groupes d'intérêt en médecine familiale (GIMF), et divers événements ont été organisés afin de montrer à nos futurs collègues les attraits de la pratique de la médecine générale.

De plus, nous travaillons actuellement avec la faculté de médecine de l'Université de Montréal afin de trouver des milieux de stage en cabinets médicaux pour mettre les étudiants en contact le plus tôt possible avec la médecine de première ligne. Nous souhaitons d'ailleurs étendre cette initiative et développer le même type de partenariat avec les trois autres facultés universitaires québécoises dans un avenir rapproché.

Les médecins omnipraticiens sont donc présents auprès des étudiants comme ils l'ont rarement été par le passé et nous entendons poursuivre dans cette voie en collaboration avec nos différents partenaires, dont la Fédération médicale étudiante du Québec et le Collège québécois des médecins de famille.

Les dirigeants des facultés de médecine semblent aussi animés d'une ferme volonté de valoriser davantage la médecine familiale auprès des étudiants. Beaucoup d'éléments semblent donc en place pour que moins de postes de résidence en médecine familiale demeurent vacants cette année dans le cadre du processus du CaRMS (Canadian Resident Matching Service), dont nous connaîtrons prochainement les résultats préliminaires pour 2010. Espérons simplement que nos efforts auront donné les fruits escomptés.

Même si on espère que les statistiques du prochain CaRMS seront encourageantes, nous ne sommes pas sur le point de voir la lumière au bout du tunnel du côté de la relève en médecine familiale avec une pénurie de médecins de famille dépassant le cap du millier au Québec (1102 plus précisément selon les données gouvernementales). Les 184 postes de résidence qui n'ont pas été pourvus depuis trois ans n'ont d'ailleurs rien fait pour aider.

De là l'importance de rappeler au gouvernement l'urgence d'agir, non seulement en ce qui a trait à la formation, mais également sur les plans de l'organisation des soins et de la rémunération. C'est en agissant ainsi que nous inciterons véritablement, et de façon durable, les étudiants à choisir la médecine familiale.

Avec approximativement deux millions de Québécois qui se retrouvent sans médecin de famille à l'heure actuelle et des médecins omnipraticiens de plus en plus à bout de souffle, nous ne pouvons qu'espérer que le gouvernement du Québec sache saisir les occasions qui lui seront offertes en 2010 pour rendre plus attrayante la médecine de première ligne aux yeux de la relève médicale.

Alors que le Québec doit parallèlement faire face à un vieillissement important de la population et à un mini « baby-boom » qui entraînent une demande accrue de soins, la valorisation de la médecine familiale est, sans conteste, dans l'intérêt de tous.