La priorité des priorités est maintenant claire et devient l'affaire de tous: promouvoir l'éducation avec une égalité des chances en visant l'excellence. Cette valeur universelle prend une nouvelle dimension car le monde de l'éducation subit une révolution intellectuelle sans précédent par la globalisation des marchés du savoir.

Marc Côté<br><br><i>L'auteur est un enseignant à l'école secondaire Georges-Vanier de la commission scolaire de Laval.</i>

Le Québec est une société en mutation dans un monde économique en transformation. L'avenir le plus prometteur dont le Québec peut se doter est d'investir dans son système d'éducation. Si c'est bon pour nous, c'est aussi bon pour les autres et particulièrement pour Haïti. Les Québécois ont été d'une grande générosité pour venir en aide au peuple haïtien. Le gouvernement du Québec doit agir avec pragmatisme dans son aide pour Haïti, c'est-à-dire passer de l'empathie à la synergie, rechercher l'action de ses décisions, travailler à des solutions concertées et surtout obtenir des résultats concrets sur le terrain.

Nous sommes maintenant rendus à l'ère post-choc du tremblement de terre où il faut entamer des traitements toniques. C'est fantastique de voir ce qui se fait pour sauver les enfants et rapiécer le tissu social. Que reste-t-il des enfants qui hier étaient sur les bancs d'école et qu'aujourd'hui sont dissous dans l'air du temps, celui de s'approvisionner en eau et en nourriture ?

Une fois les besoins primaires comblés, il faudra passer immédiatement au développement cognitif et social en assurant la continuation des programmes éducatifs. Il ne faut pas abandonner les étudiants haïtiens de Port-au-Prince. Le pays se reconstruira uniquement par ses enfants. On aura beau intervenir avec de l'aide alimentaire, mais il restera toujours une source vive à alimenter, celle du désir de s'en sortir. Il n'y a rien de mieux que la réussite éducative pour construire l'âme et l'esprit des jeunes à la recherche d'une identité et pour faire le plein de confiance en soi. Déjà beaucoup d'étudiants ont commencé à fuir vers la campagne. Il ne faut pas attendre que les écoles soient reconstruites avec quatre murs et un plafond. La richesse de l'école est avant tout basée sur la qualité des intervenants. Pour ce faire, il existe plusieurs organisations, dont l'Unicef, qui possèdent l'expertise d'intervenir en situation de crise, sans compter le réseau INEE (Interagency Network Emergency Education).

Haïti ne peut pas se permettre ce gaspillage intellectuel, car si l'on laisse trop de temps au système d'éducation à se remettre en place, on laissera aller toute une génération de jeunes sans formation vers mille et un métiers de la rue. Ça sera la loi du sauve-qui-peut et de celle du plus fort l'emportera sur le plus faible (femmes et enfants).

Si le Québec veut se définir et se développer par son système d'éducation, soyons conséquent et responsable en intervenant rapidement en Haïti pour assurer la continuité de leurs programmes d'étude. La restauration le plus vite possible des écoles primaires et secondaires aidera à la reprise de la vie «normale» pour se tourner vers l'avenir.

Par contre, Haïti doit absolument prioriser la reprise et le développement de l'enseignement technique et de la formation professionnelle. Tout le secteur des études postsecondaires doit être relancé avec une intervention structurée et efficace. Le Québec possède plusieurs champs de compétences pour intervenir à sa façon en Haïti à commencer sur la scène francophone. La francophonie aura sans doute un rôle important à jouer, surtout que la diaspora haïtienne est beaucoup présente au Québec.

En guise de solidarité internationale, collectivement, nous devons agir bien et promptement. Il suffit d'être audacieux et mettre sur pied une infrastructure d'accueil des étudiants haïtiens pour leurs permettre de poursuivre leurs études postsecondaires ici pour ensuite retourner dans leur communauté comme citoyen actif et scolarisé.

Oui, il faut une sélection, des attestations d'étude, des tests d'équivalence pour les papiers perdus, de l'encadrement, du suivi administratif, etc... Le partage du savoir fait déjà parti intégrante de l'éducation du futur.

L'avenir d'Haïti dépend de son système d'éducation comme n'importe quelle autre société du savoir qui veut s'assurer d'une place dans le développement économique planétaire. Redonnons espoir à la jeunesse haïtienne. L'espoir anéanti peut renaître de ses cendres et seule une volonté politique humaniste saura redonner un sens à leur vie.