Dans son éditorial, M. Pratte a exprimé son désaccord à l'égard de notre demande de commission d'enquête portant sur les pertes historiques de 40 milliards de dollars de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Madelaine Michaud LA PRESSE

Selon la loi, le gouvernement peut instituer une commission d'enquête «sur quelque objet qui a trait au bon gouvernement du Québec, sur la gestion de quelque partie des affaires publiques, sur l'administration de la justice ou sur quelque matière importante se rattachant à la santé publique ou au bien-être de la population». Les commissions d'enquête ne sont donc pas réservées aux cas de malversations. C'est un outil qui est à la portée des représentants du peuple pour faire la lumière sur tout enjeu majeur d'intérêt public.

 

M. Pratte estime que l'on sait maintenant «l'essentiel» des causes des pertes de la Caisse en 2008. Nous sommes en désaccord fondamental avec cette affirmation plutôt étonnante. D'une part, de très nombreuses questions n'ont même pas pu être posées en commission parlementaire. D'autre part, les réponses obtenues ont été imprécises, voire contradictoires, comme sur la question de l'approbation de l'utilisation des PCAA par les déposants.

Pire, la presque totalité des témoins entendus ont tenté d'attribuer la responsabilité des pertes tantôt à d'autres intervenants, tantôt à des phénomènes théoriquement imprévisibles. D'autres témoins ont tenté de minimiser la portée de ces pertes historiques. L'ensemble laisse une désagréable impression de manque de transparence qui nous empêche de connaître toute la vérité.

Le débat sur l'avenir de la Caisse doit être fait. De nombreux enjeux doivent être discutés, comme la représentation des retraités, la rémunération des gestionnaires ou les pratiques de communication de la Caisse. Mais ce débat doit être alimenté par une information juste et adéquate, qui identifierait notamment la responsabilité de chaque acteur impliqué dans le désastre de 2008. Sinon, comment s'assurer de ne pas répéter les mêmes erreurs?

M. Pratte le dit lui-même: «Une partie de ces pertes était inévitable, causée par l'effondrement des marchés.» C'est donc dire que l'autre partie de ces pertes était évitable! Il serait dans l'intérêt de l'ensemble des citoyens du Québec que le gouvernement affecte les sommes nécessaires à la tenue d'une commission d'enquête sur les pertes historiques de la Caisse en 2008.

L'auteure est présidente de l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP). Elle réagit à l'éditorial d'André Pratte intitulé «La bonne idée de M. Parizeau», publié le 21 mai.