Certains ont déploré l'absence d'un plan de lutte vigoureux et substantiel à l'encontre de la récession dans le dernier budget du gouvernement du Québec. De mon côté, je me suis réjoui de l'absence d'un tel plan. Pourquoi? Simplement parce que l'heure n'est plus à cela, ni aux discours de désolation, mais à la préparation active de l'après-récession.

Yvan Loubier

Ce qui devait être fait au Québec a été fait. Il faut comprendre que toute mesure qui a pour but de stimuler la croissance économique et nous aider à sortir de la récession peut prendre de 12 à 18 mois avant qu'on en ressente les effets. En ce sens, des pans entiers du dernier budget fédéral risquent de porter fruits alors que nous serons déjà au coeur, selon toute vraisemblance, d'un cycle de reprise.

 

En revanche, on commence à ressentir les effets positifs du programme quinquennal d'infrastructures de 38 milliards de dollars, initié par le gouvernement du Québec en octobre 2007 et bonifié de 4 milliards en décembre dernier.

Ajouter d'autres investissements publics anticycliques, en plus d'être inefficaces à ce moment-ci, contribuerait davantage à la détérioration des finances publiques déjà fortement malmenées par une dette excessive.

D'ailleurs, il faudra songer très sérieusement à ajouter au plan de retour à l'équilibre budgétaire du gouvernement un plan rigoureux et agressif de réduction de la dette, lorsque l'économie sera plus florissante.

D'ici là, le moins qu'on puisse attendre du gouvernement est qu'il voit à ce que les investissements publics en infrastructures soient bien ciblés, comportent le maximum de retombées sur l'emploi et contribuent à améliorer le quotidien des Québécois.

Le gouvernement doit par ailleurs être motivé par un objectif fondamental: préparer l'après-récession. Il doit réunir les conditions afin que les entreprises aient toutes les liquidités nécessaires pour investir dans les technologies de pointe et soient encore plus compétitives, lorsque la reprise surviendra.

Le budget contient à cet égard des mesures qui vont dans la bonne direction. Mais il ne s'agit pas uniquement d'accroître les moyens d'Investissement Québec et de la SGF, comme l'a fait le gouvernement, ou de créer des fonds nouveaux de soutien. Il faut voir également à ce que ces moyens se rendent de toute urgence aux entreprises et ne restent pas collés à une administration lente, lourde et complexe.

Le gouvernement a décidé de miser sur la formation de la main-d'oeuvre. On ne peut qu'applaudir ce choix. Mais il doit aussi mettre tout en oeuvre pour s'assurer qu'il y aura suffisamment de travailleurs qualifiés afin de combler les 700 000 postes qui seront toujours à pourvoir au moment de la reprise. Des programmes comme le Pacte de l'emploi bonifié, la retraite progressive, de même que la politique d'immigration plus orientée vers la francisation et les besoins du marché du travail, doivent s'opérer en mode accéléré. Avec l'assainissement des finances publiques, combler ces emplois constitue le plus grand défi des prochaines années.

Nous avons besoin, aujourd'hui, d'envisager l'avenir positivement. Et s'il ne faut pas entrevoir les prochains mois avec des lunettes roses, il faut aussi cesser de s'accrocher à la morosité, et foncer. Il y aura des lendemains à la récession.

L'auteur est économiste et conseiller principal au Cabinet de relations publiques National à Québec.