Cette semaine, je vous propose un petit retour sur la semaine politique.

Publié le 22 janvier

Cette semaine, on a entendu Dominique Anglade déclarer : « Sous un gouvernement Anglade, on ne se serait pas retrouvés dans une situation où on a des mesures restrictives fortes, un taux de vaccination élevé, mais en même temps des résultats aussi catastrophiques… » Elle a peut-être raison, car aucun modèle ne permet de vérifier cette déclaration avec un « si ». Cela dit, je trouve cette affirmation énorme. On comprend bien la cheffe libérale de vouloir profiter des tribulations de Legault qui en arrache pendant cette vague Omicron, mais il est bien risqué d’y aller de cette façon.

Mario Dumont a utilisé la métaphore du cultivateur qui sort la grosse masse, vise le piquet et frappe sur la clôture. Je crois plutôt que cette façon de faire de la politique est encore plus risquée. Dans le cas de Mme Anglade, la métaphore serait plutôt la cultivatrice qui sort une masse, vise le piquet et se frappe la main.

Peut-être que Dominique Anglade aurait été plus efficace, mais le Parti libéral qu’elle dirige a-t-il déjà fait la démonstration de ce qu’elle affirme dans un passé récent ? Je n’en suis pas certain. Souvenons-nous combien la gestion d’une simple tempête de neige sur l’autoroute 13 par le gouvernement Couillard a été catastrophique. Si cet argument vous paraît insuffisant, pensez au chaos organisationnel du gouvernement Charest face aux carrés rouges que Jean voulait envoyer dans le nord comme ultime solution. Je doute qu’un tel gouvernement ait été meilleur que celui qui gère présentement cette grande turbulence planétaire, répétitive et imprévisible.

Quand une nation traverse une période aussi difficile, la nuance, la compassion, la bienveillance et la solidarité sont d’autres façons très efficaces de convaincre.

Cette semaine, la ministre des Affaires étrangères du Canada, Mélanie Joly, s’est envolée pour l’Ukraine dans le but de soutenir les autorités de ce pays ainsi que sa population devant la menace de l’armée russe campant massivement à ses frontières. On apprend donc par la bouche de Mme Joly que le Canada ne ferme plus la porte à la demande ukrainienne de fourniture d’équipements militaires et d’armes. Ça aussi, c’est une énorme déclaration. Je me demande d’ailleurs comment le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a réagi à la présence de Mélanie Joly en Ukraine. Comment a-t-il rapporté la terrifiante nouvelle au prédateur à sang froid qui dirige la Fédération de Russie ? Si on avait pu cacher des micros au bureau du président, au Kremlin, voici ce qu’on aurait pu entendre à ce sujet :

— Monsieur Poutine, les patates sont cuites !

— Tu as l’air sur le gros nerf, mon Sergueï. Tiens, prends donc un « shooter » de sauce brune pour te remonter.

— Merci, Monsieur le Président. (Slurp !)

— Bon. Qu’est-ce qu’il y a de grave, donc, Sergueï ?

— (Slurp !) Eh bien… J’ai bien peur que le Canada fournisse des armes à l’Ukraine !

— Ha ! Ha ! Ha !

— Mais, Monsieur Poutine, pourquoi vous riez ?

— Voyons donc, Sergueï ! Il n’y a pas si longtemps, le Canada s’est fait livrer des avions de chasse australiens d’occasion dont même les « cours à scrap » ne voulaient pas.

— Oui, je me souviens. Ça ne volait pas haut…

— Et avant ça, en 1998, la Grande-Bretagne avait vendu au Canada quatre sous-marins usagés pour 750 millions de dollars. Ne viens pas me dire que tu as peur d’un pays qui équipe ses forces armées sur Marketplace ?

— Vous avez bien raison, Monsieur Poutine : on n’a pas grand-chose à craindre avec Mélanie Joly.

— Eh bien voilà ! Comme on dit chez les Poutine, il ne faut pas en faire tout un fromage, tout baigne dans l’huile, Sergueï !

Restons dans le délire. Cette semaine, en plus de Mélanie Joly, la diplomatie américaine a manifesté sa solidarité avec le peuple ukrainien. On a entendu Joe Biden, aussi énergique qu’une tortue qui sort de la Société québécoise du cannabis, s’enfarger sur le sujet avant de se reprendre et de menacer la Russie d’une catastrophe économique advenant une entrée de ces troupes en Ukraine. Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a aussi rappelé jeudi, à Berlin, qu’une agression de la Russie entraînerait une réaction « rapide et sévère » des États-Unis.

Que faut-il comprendre dans cette affirmation ? L’Amérique entrera-t-elle en guerre contre la Russie pour défendre l’Ukraine ? En vérité, on parle surtout de grosses sanctions économiques contre le Kremlin. Vous savez, les mêmes menaces qu’on dégainait face à la Russie annexant la Crimée, face aux dérives autoritaristes de Recep Tayyip Erdoğan face à la Chine dans le dossier de Hong Kong, face à la junte militaire qui a confisqué le pouvoir et massacré les jeunes en Birmanie, face au régime iranien, face à Alexandre Loukachenko en Biélorussie… Avec quel résultat ?

Depuis la débâcle de l’Afghanistan, l’Amérique et ses alliés ressemblent de plus en plus à un vieux lion édenté qui n’a plus que son rugissement pour se faire respecter.

Évidemment, tout le monde voit la Russie dans cette histoire comme le gros méchant ennemi naturel de l’Amérique et du monde occidental bien campé dans les imaginaires par le cinéma. Mais comme dans le dossier de Hong Kong, celui de Taiwan à venir, et il faut fouiller dans l’histoire pour avoir une compréhension plus nuancée de ce qui se passe. C’est ce que Jocelyn Coulon, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, a fait dans ces pages. Je vous recommande de lire ces deux textes pour une meilleure compréhension de l’histoire qui se joue aux frontières de l’Ukraine.

Lisez « OTAN : Comment l’Occident a trompé la Russie »
Lisez « L’Ukraine doit faire un geste »
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