Au courant de l’été, l’équipe éditoriale de La Presse part à la recherche de façons de réinventer la santé afin d’aiguiller les décideurs publics sur l’avenir du « prendre soin ». Elle n’aura pas à aller bien loin pour trouver des solutions innovantes : l’économie sociale au Québec offre un itinéraire de choix à tous ceux qui veulent repenser les soins de santé que l’on offre aux aînés comme aux personnes plus vulnérables.

Béatrice Alain
Béatrice Alain Directrice générale du Chantier de l’économie sociale

Le premier arrêt se ferait sans aucun doute dans l’une des 100 entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EESAD) regroupées au sein du Réseau de coopération des EESAD. Présentes dans les 17 régions administratives du Québec, ces entreprises emploient plus de 8700 préposées d’aide à domicile qui offrent plus de 7 millions d’heures de service à 100 000 usagers en perte d’autonomie. La gamme de services offerts impressionne : entretien ménager, préparation de repas, lessive, approvisionnement, aide au bain, lever et coucher, habillage, aide alimentaire, sans compter les services de répit appréciés des proches aidants.

Il n’est pas étonnant que les EESAD soient désormais étudiées à l’étranger pour les bénéfices qu’elles apportent aux communautés. Elles sont, avec le réseau public de santé, l’unique autre réseau qui couvre tout le territoire québécois et qui s’inscrit dans un continuum de soins à la personne, particulièrement pour les personnes à faible revenu. Avec 83 % des Québécois qui disent souhaiter vieillir chez eux jusqu’à la fin de leurs jours (février 2021) et la perte de confiance qu’a engendrée la crise de la COVID-19 envers les CHSLD, ce modèle de maintien à domicile promet de devenir plus pertinent que jamais.

Les EESAD contribuent à la qualité de vie des aînés en leur procurant des services à domicile personnalisés, mais elles favorisent aussi celle des proches aidants en leur accordant une tranquillité d’esprit et du soutien dans la prise en charge de leur proche.

L’équipe éditoriale de La Presse croiserait aussi la route de la Coopérative de solidarité santé du nord de la Petite-Nation dans la petite municipalité de Chénéville, exemple, parmi plusieurs autres coopératives de santé, de l’excellence de la médecine communautaire et des services de première ligne. Ici, ce sont les usagers et les institutions des alentours qui mettent leur énergie et leurs ressources en commun pour offrir au plus grand nombre des services de santé de qualité là où parfois le système de santé public n’assure pas la desserte.

Grâce au modèle coopératif qui prévoit que chaque membre dispose d’un vote, ce sont les membres de la coopérative qui décident quels services et quels soins seront offerts en plus des services médicaux de base (médecine familiale et soins infirmiers) gratuits et disponibles à tous, permettant une utilisation judicieuse des ressources et une réponse plus adéquate aux besoins de la population. Ainsi, si sur le vaste territoire du Bas-Saint-Laurent les services en télémédecine ont la cote, il en va différemment dans la vallée Massawippi, où c’est plutôt la clinique de tests de laboratoire qui est appréciée. À chaque région ses besoins et à chaque besoin, une réponse collective développée par l’économie sociale !

Prise de conscience

La crise de la COVID-19 a mis en lumière de nombreuses lacunes et dysfonctions de notre système de santé. Toutefois, elle aura aussi permis de mettre en valeur ce qui se fait de bien au Québec : la proximité, la prise en charge par la communauté, les solutions collectives pour répondre aux besoins de chaque individu et le travail réalisé par un grand nombre d’entreprises d’économie sociale dans le secteur des services à la personne.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». La réponse aux besoins des populations, notamment les besoins des personnes aînées, dépasse donc largement le cadre de la prise en charge des soins médicaux et doit prendre en compte d’autres besoins qui assureront une meilleure santé pour tous.

Selon les projections, le nombre de personnes aînées qui auront besoin de soins est susceptible de doubler d’ici 2031 au Canada (Chair in Gender, Health and Caregiver-Friendly Workplaces, webinaire, 2018). Les gouvernements du Québec et du Canada devront donc être au rendez-vous pour relever cet important défi relié au vieillissement de la population et soutenir activement le déploiement d’innovations centrées sur la réponse aux besoins des communautés partout sur le territoire, une avenue essentielle pour repenser l’avenir des soins de santé au Québec et au Canada. Une avenue déjà empruntée par des milliers d’entreprises d’économie sociale partout au Québec qui sont aujourd’hui prêtes à être mises à profit pour relever ce défi.

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