Prêt pour une autre saison de soleil et de haine ? La neige commence lentement à fondre et le nombre de vélos augmentera bientôt dans les rues. Avec tous les incidents que cela suppose impliquant piétons et voitures.

Lundi, l'administration Plante a présenté son plan pour réduire les collisions. Oui, on y trouve les expressions «groupe de travail», «partenariat», «concertation» et même une référence à la Suède. Mais ne riez pas tout de suite. Remettez cette tomate dans vos poches.

Les bonnes intentions ne suffisent pas, mais elles constituent tout de même un bon point de départ. Sur papier, le plan est pertinent. Ne reste plus qu'à voir s'il se traduira par une baisse des blessés et des morts.

Commençons par le diagnostic.

Le nombre de blessés et de morts sur les routes (piétons, cyclistes, automobilistes) a baissé dans les dernières décennies. Mais depuis 2008, ce progrès stagne. Les modifications faciles ont déjà été faites (ceinture de sécurité, feux pour piétons, etc.). Les réductions additionnelles deviennent de plus en plus difficiles.

On sait toutefois qui reste vulnérable. Chez les piétons, près de 60 % sont des aînés, tandis que chez les automobilistes, 75% sont des jeunes hommes âgés de 20 à 24 ans. On en déduit deux facteurs de risque : la vulnérabilité et la témérité.

D'ailleurs, parmi les cinq principales causes des accidents, on trouve l'inattention, le non-respect d'un feu rouge, le refus de céder le passage, la négligence et les facultés affaiblies.

Bien sûr, les piétons, cyclistes et automobilistes doivent se responsabiliser. Et bien sûr, les délinquants doivent être punis. Mais cela ne suffira pas.

Les humains, c'est connu, ne sont pas toujours fiables. Il faut les aider à s'aider. Avec des lois, des règlements, la signalisation et des aménagements routiers qui rendent les collisions moins probables et moins dommageables.

Voilà l'approche Vision Zéro. Ce modèle, développé en Suède dans les années 90, a été repris avec succès par plusieurs villes comme New York et Los Angeles. Le maire Coderre a commencé à s'en inspirer en fin de mandat et sa successeure Valérie Plante approfondit la démarche avec son nouveau plan d'action.

Mme Plante a déjà accompli de bons premiers gestes.

Depuis quelques mois, les arrondissements ne doivent plus attendre les accidents avant de sécuriser une intersection, par exemple avec un double feu rouge pour que les piétons traversent en diagonale.

De plus, l'aménagement est désormais réévalué lors des travaux de réfection. Certes, cela ralentira le rythme des travaux - le déficit d'entretien de la Ville sera comblé en 2030, soit cinq années plus tard que prévu. Cela vaut bien quelques vies humaines. Et de toute façon, avec la multiplication des chantiers, le rythme des travaux risquait déjà de ralentir.

Enfin, une enveloppe a été ajoutée au plan triennal en infrastructures pour sécuriser les écoles situées dans des rues artérielles (limite de 50 km/h et plus).

La logique : passer d'une approche réactive à une approche préventive.

Le plan prévoit aussi que trois groupes de travail seront créés pour analyser les risques associés aux poids lourds, aux traversées de rue ainsi qu'à la vitesse. Et l'ensemble de la démarche sera supervisé par un comité auquel siègent des représentants des piétons, des automobilistes, des cyclistes, des chauffeurs d'autobus, des camionneurs ainsi que des gens de la Ville de Montréal et du ministère des Transports. Tous les points de vue pourront ainsi être intégrés dans une vision d'ensemble.

On répète : «pourront». Comme dans : ça se peut, mais ça reste à voir. Le plan de Mme Plante est une bonne idée sous surveillance.

On pourra en faire un bilan lors de la publication, en fin d'année, du premier État de la sécurité routière, tel qu'annoncé dans son plan.

En attendant, permettez-nous de finir ce texte avec quelques demandes spéciales.

Aux automobilistes : la route ne vous appartient pas et les vélos ne sont pas obligés d'emprunter la piste cyclable. Du point de vue d'un piéton ou d'un cycliste, une voiture est une armure d'acier qui peut tuer. C'est votre devoir de protéger les usagers plus vulnérables. Même si vous êtes pressés.

Aux cyclistes : même si vous ne polluez pas, cela ne vous dispense pas de respecter le Code de la sécurité routière ni de la politesse la plus élémentaire. Vous n'êtes pas des chevaliers à deux roues dont la noblesse autorise tout.

Aux piétons : les biologistes soutiennent que nous aurions un instinct de survie. N'hésitez pas à prouver qu'ils ont raison.