Combien de places manque-t-il encore dans les différents services de garde* pour les 6 à 18 mois, et pour les 18 mois à 4 ans ? Et à quel endroit ?

La réponse de Québec : « ... »

Personne ne le sait.

Malgré tout, le gouvernement caquiste persiste à vouloir ouvrir 5000 classes de maternelle 4 ans d'ici la fin de son mandat.

Tout en prétendant offrir le libre choix aux parents, il présume que la grande majorité d'entre eux choisiront d'envoyer leur enfant de 4 ans dans une maternelle. Par conséquent, il ouvre les vannes pour construire les classes.

Et si les besoins ne se trouvaient pas tous là ?

Avant de foncer coûte que coûte pour pouvoir crier « promesse remplie ! », il devrait distinguer l'objectif et le moyen.

Le but est d'offrir le plus tôt possible un service de garde de qualité aux petits Québécois, particulièrement pour ceux qui viennent d'un milieu défavorisé ou qui ont un trouble d'apprentissage.

Pour cela, le gouvernement caquiste veut offrir gratuitement la maternelle 4 ans partout au Québec. Il en fera un droit.

Cela exigerait de trouver de 3000 à 5000 enseignants. Or, il en manque déjà dans les écoles primaires et secondaires. On comprend que la petite enfance doive être priorisée, mais il serait préférable de le faire sans phagocyter le reste du réseau.

Pour contourner cet écueil, Québec pourrait miser davantage sur un autre réseau, celui des garderies subventionnées. Ses éducateurs et ses locaux ne sont pas gérés par les commissions scolaires. Il n'y a donc pas de vases communicants avec son personnel et ses bâtiments.

Mais encore une fois, pour savoir comment intervenir, il faut retourner à la question de départ : combien d'enfants ont besoin d'une garderie ou d'une maternelle, et à quel endroit ?

La bonne nouvelle, c'est que le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, cherche la réponse. Hier, il a fait deux gestes encourageants. Son ministère présentera ce printemps une carte détaillée des besoins des parents. Et il ajoutera bientôt 13 500 places en garderie subventionnée. Elles sont attendues depuis longtemps...

Parmi ces places, 11 000 avaient été annoncées en 2011 et 2013. Mais elles n'ont jamais été créées, parce que les libéraux ont compliqué la procédure d'approbation. Le ministre Lacombe promet enfin de la simplifier.

Autre exemple du bordel dont M. Lacombe hérite : Québec a récemment constaté que 8000 places en milieu familial sont comptabilisées en trop. Elles n'existent tout simplement pas, comme l'a révélé hier notre collègue Tommy Chouinard.

Est-ce que les efforts du ministre suffiront ? Est-ce que les maternelles 4 ans et les nouvelles places en garderie permettront de répondre aux besoins ? C'est loin d'être certain.

Encore une fois, il manque de données pour répondre.

Le ministère de la Famille sait combien d'enfants ne sont pas inscrits à un service de garde reconnu ou à la maternelle.

Bien sûr, c'est par choix que certains parents n'inscrivent pas leurs enfants. Mais d'autres cherchent sans succès une place. Combien sont-ils ? Pour l'estimer, on peut s'en remettre au guichet unique « J'ai ma place ». Pas moins de 42 000 enfants y sont inscrits.

Les caquistes soutiennent que plusieurs enfants abandonneront leur place en service de garde afin de s'inscrire en maternelle 4 ans. Leurs places deviendront donc libres pour d'autres enfants. Mais combien exactement se libéreront ? On n'a que des hypothèses.

Aux yeux de la CAQ, la maternelle 4 ans serait supérieure aux CPE, du moins pour préparer à l'école les enfants en difficulté. C'est un débat qui oppose les chercheurs, et nous ne le trancherons pas ici.

Reste que même si le premier ministre privilégie la maternelle, il n'est pas obligé de tout faire d'un coup.

Pour l'instant, il manque beaucoup d'information sur les besoins des parents et la capacité de l'État à y répondre. C'est dans ce brouillard que le gouvernement caquiste fonce avec témérité.

Espérons que M. Legault utilisera la qualité dont il se vante, le « pragmatisme ». Si nécessaire, il devrait mettre davantage à contribution les services de garde afin d'aider les tout-petits, le plus tôt possible. Car après tout, c'est le véritable objectif.

* Les différentes catégories de services de garde : centre de la petite enfance, privé subventionné, privé non subventionné et milieu familial

Âge / % de non-inscrits / nombre de non-inscrits

1 an :  35,7 % / 30 459

2 ans : 30,8 % / 27 134

3 ans : 24,9 % / 22 036

4 ans : 19,5 % / 17 654