Quand une ville mise sur la délation, c'est la preuve qu'elle n'a plus tout à fait le contrôle...

La semaine dernière, Valérie Plante appelait les Montréalais à dénoncer les hôtes délinquants d'Airbnb. La mairesse leur demandait entre autres de signaler les boîtiers contenant les clés des logements commerciaux non conformes.

Certes, la loi québécoise et les règlements montréalais ont été adoptés il y a seulement six mois. Il est encore tôt pour en tirer des conclusions définitives. Mais à tout le moins, on peut conclure qu'ils ne réussissent pas encore à régler les inconvénients de la plateforme de location à court terme.

En théorie, bien sûr, Airbnb n'est pas un problème. C'est plutôt un bienfait. Pour les résidants, elle permet de faire un peu d'argent en louant son logement quelques jours par année lors de ses vacances. Et pour les touristes, elle permet de voyager avec une expérience plus proche des habitants locaux. Le Québec reçoit ainsi des touristes qui auraient autrement choisi une autre destination.

Reste qu'il y a un gros irritant. Des hôtes prétendent louer occasionnellement alors qu'ils deviennent en réalité des aubergistes professionnels.

C'est injuste pour les auberges licenciées, qui doivent payer la taxe provinciale d'hébergement et la taxe municipale commerciale. C'est incommodant pour le voisinage, souvent aux prises avec des voyageurs bruyants. Et enfin, cela baisse le nombre d'appartements locatifs disponibles et crée même des pénuries de logements dans certains quartiers.

Face à ce problème, le Québec ainsi que les villes ont chacun leur rôle à jouer.

En juin dernier, le gouvernement libéral avait adopté la loi 150. Une ligne a été tracée pour déterminer à partir de quand un hôte fait une utilisation commerciale de son logement (disponible pour location de moins de 31 jours, de façon régulière). Ces hôtes doivent obtenir une attestation de la Corporation de l'industrie touristique. Airbnb collabore de bonne foi à la démarche - elle prélève la taxe d'hébergement.

Les villes et les arrondissements peuvent ajouter des contraintes selon leurs besoins. Par exemple, à Montréal, le Plateau-Mont-Royal et Ville-Marie restreignent les nouveaux permis commerciaux à certains secteurs. De plus, ils doivent être espacés chacun par plus de 150 mètres. L'objectif : freiner la perte d'appartements à louer pour les Montréalais et limiter les dérangements pour la vie de quartier.

Pour faire respecter la loi, le ministère du Tourisme a eu la bonne idée de transmettre le dossier à Revenu Québec, qui a ajouté 25 inspecteurs. Et des villes comme Montréal et Québec s'activent aussi sur le terrain pour traquer les hôtes délinquants.

Alors, est-ce que ça fonctionne ? Les premiers signaux montrent qu'il reste du travail à faire.

Selon les recensions préliminaires faites à Montréal par des chercheurs de l'Université McGill, une minorité des hôtes commerciaux seraient accrédités.

Et à Québec, des inspecteurs doivent se faire passer pour des touristes afin de les traquer un par un. Ce jeu du chat et de la souris risque de leur prendre beaucoup de temps...

Si les hôtes commerciaux persistent à fonctionner sans certificat, Québec devra trouver une nouvelle façon de serrer la vis. Ce pourrait être en quantifiant le nombre de jours à partir duquel un logement requiert une certification touristique.

Il serait aussi possible de forcer Airbnb à dévoiler l'identité des hôtes (comme à New York) ou de créer un registre des hôtes commerciaux (comme à San Francisco). Mais ces deux dernières solutions sont toutefois intrusives et possiblement difficiles à appliquer.

À tout le moins, il faudra trouver une façon de permettre à ces nouveaux types d'hébergement de s'intégrer à l'offre touristique. De façon harmonieuse et équitable.