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La religion, experte en sexualité

« Cela fait longtemps que le Québec attend... (Photo Getty Images)

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« Cela fait longtemps que le Québec attend le retour de l'éducation sexuelle à l'école », rappelle Paul Journet.

Photo Getty Images

Paul Journet

Éditorialiste

La Presse

Ce n'était pas intentionnel, mais l'archevêché de Montréal a fait quelque chose d'utile hier.

Comme l'a révélé La Presse, l'abbé Robert Gendreau, directeur du service de pastorale liturgique de l'archevêché, recommande aux fidèles de retirer leurs enfants des cours d'éducation sexuelle afin de prodiguer eux-mêmes cet enseignement à la maison. Avec bien sûr son manuel religieux, qui propage la honte, le tabou et la culpabilité.

L'abbé a ainsi fait la démonstration par l'absurde de la nécessité d'une éducation sexuelle à l'école. Car il relaie les préjugés que vise justement à combattre ce cours.

Face à de telles demandes, il n'y a qu'une seule réponse acceptable : « non ». Non, aucun enfant ne sera privé d'une éducation sexuelle à cause de la religion de ses parents, peu importe laquelle.

Hier, le premier ministre François Legault a assuré que la formation serait « obligatoire pour tout le monde ». Tant mieux. Espérons que le gouvernement et les écoles maintiendront la ligne dure lorsque des parents crieront au relativisme et à l'intolérance.

***

Cela fait longtemps que le Québec attend le retour de l'éducation sexuelle à l'école.

Le cours de formation personnelle et sociale a été aboli en 2001. Une décennie plus tard, le gouvernement Charest préparait son remplacement. Peu après son élection, le gouvernement Couillard lançait un projet-pilote.

En décembre 2017, Québec annonçait que cet enseignement deviendrait obligatoire. Pas question d'être exempté pour des raisons idéologiques. Seule exception évoquée : une jeune victime ou un témoin d'une agression sexuelle qui ne voudrait pas revivre son traumatisme.

L'abbé Gendreau a trouvé une ruse. Un parent pourrait proposer que son enfant suive la formation, mais à la maison, avec un manuel adapté.

La directrice des communications de l'archevêché a transféré une invitation pour la conférence et le lancement du livre de M. Gendreau. Face à la controverse, l'institution s'est dissociée de l'initiative de son directeur du service de pastorale liturgique. On comprend pourquoi.

Son manuel choque pour ses propos sur la pédophilie et les « idéologies sexuelles ». L'abbé et son collaborateur, le Dr Raouf Ayas, craignent que la formation n'éveille « une quête de jouissance précoce » chez les enfants. Cela en ferait des « proies faciles pour les prédateurs pédophiles ».

Non, vous n'hallucinez pas.

Selon cette logique, si un enfant est violé, ce pourrait être parce qu'il a malgré lui envoyé des signaux ambigus, parce qu'il se serait rendu disponible. On n'est pas loin de la théorie du viol et de la jupe courte.

Ce qui choque aussi dans le manuel de l'abbé, c'est la dénonciation pernicieuse des « idéologies sexuelles ». À l'école, y lit-on, les enfants risquent d'être exposés à des « insanités morales ». De quoi s'agit-il ? Des gais ? Des transgenres ? Le livret ne le dit pas...

Ces craintes face au cours du Ministère sont d'autant plus ridicules qu'il ne s'agit que d'un enseignement annuel de cinq heures au primaire et de quinze heures au secondaire. 

Oui, oui : de cinq à quinze heures par année ! C'est d'ailleurs peu pour combattre les stéréotypes sexuels, alors que la société assimile lentement les leçons du mouvement #moiaussi.

***

On parle ici des catholiques, mais ne soyons pas naïfs. De telles pressions existent sans doute aussi dans la communauté musulmane et chez les juifs orthodoxes. Les tendances plus doctrinaires des monothéismes ont en commun leur sexisme et leur aversion pour les gais.

Malgré le message clair envoyé par le premier ministre Legault, ces pressions risquent de se manifester de façon insidieuse. Des parents se plaindront à la direction de l'école et des enseignants se censureront. Un risque d'autant plus grand que les enseignants disent ne pas avoir été assez formés pour le cours. Espérons qu'on ne les laisse pas à eux-mêmes.

Si un parent veut inculquer ses croyances à son enfant, c'est son droit. Mais cela ne lui permet pas de le retirer de l'école, surtout quand c'est pour en défaire le travail.




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