La maternelle 4 ans n'est pas une fin. Ce n'est qu'un moyen pour réaliser deux buts : traiter aussi tôt que possible les troubles d'apprentissage et intégrer plus rapidement les tout-petits au réseau scolaire.

Voilà le véritable objectif. Le gouvernement caquiste ne devrait pas le perdre de vue.

En campagne, François Legault s'était engagé à créer 5000 classes en maternelle d'ici la fin de son mandat. Or, il manque énormément de locaux et d'enseignants. La semaine dernière, le gouvernement caquiste avouait qu'il n'en ouvrira probablement pas plus de 220 à la prochaine rentrée... Vrai, c'est deux fois plus que les libéraux l'année dernière. Reste qu'à cette cadence, il faudrait attendre 2040 pour que les 5000 classes soient créées...

Le rythme s'accélérera de façon « exponentielle », promet le ministre de l'Éducation Jean-François Roberge. Mais dans cette course, il ne devrait pas hésiter à miser aussi sur les garderies subventionnées pour les jeunes de 4 ans. Tant que cela aide à les préparer à l'école et à les traiter plus vite quand ils ont des difficultés.

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Pour les troubles d'apprentissage, le gouvernement caquiste hérite d'un véritable bordel.

Cela commence dans les garderies, où les éducatrices doivent sensibiliser les parents au possible trouble de leur enfant. Certains, en déni, retardent un traitement. D'autres, par leur zèle, incitent au surdiagnostic.

Bien sûr, la majorité des parents sont de bonne foi. Ils sont plus victimes que responsables. Trop souvent, ils n'en finissent plus d'attendre pour confirmer un diagnostic auprès d'un professionnel. De guerre lasse, plusieurs casseront leur cochon pour recourir au privé.

Et rendu à ce fil d'arrivée, il faut parfois reprendre à zéro, car les dossiers des petits se perdent. Eh oui... Pour des raisons de confidentialité, le système de santé, les garderies et le réseau scolaire ne se partagent pas ces informations.

Une vaste corvée attend donc le gouvernement caquiste. La bonne nouvelle, c'est que M. Legault veut s'y attaquer.

Il promet de faire le ménage et d'ajouter du personnel spécialisé (orthopédagogues, orthophonistes, psychoéducateurs, etc.). Combien de personnes seraient embauchées ? La CAQ essaie encore d'établir la liste des besoins.

On le voit, il y a beaucoup de noeuds à défaire. Cela devrait constituer la grande priorité.

Bien sûr, le gouvernement peut faire deux choses en même temps. Il peut, tel que promis, déployer en parallèle le réseau de maternelle.

Pour l'instant, seulement 6 % des enfants de 4 ans la fréquentent. Ce chiffre n'est pas alarmant, car bon nombre des autres enfants sont inscrits dans les différents types de garderies. Ce qui inquiète plutôt, c'est que près de 25 % des enfants de 4 ans ne sont inscrits nulle part.

C'est à eux que le gouvernement caquiste pense en voulant offrir à tous la maternelle - elle restera toutefois optionnelle.

En campagne électorale, M. Legault a prétendu que pour 3750 des 5000 classes, on pourrait utiliser des locaux existants. Or, en fait, il manque déjà de classes pour les élèves actuels. On comprend les commissions scolaires de sonner l'alarme.

Elles ne sont pas prêtes ? C'est vrai. Elles ne seront pas capables ? C'est moins sûr... En Ontario, les commissions scolaires ont aussi crié « mission impossible » quand la même promesse avait été faite. Puis, cinq ans plus tard, les classes étaient toutes ouvertes.

Il y a toutefois une différence majeure avec l'Ontario : le Québec dispose déjà d'un réseau de garderie de qualité, accessible aux jeunes de 4 ans et moins. Pourquoi déshabiller un réseau pour pomponner l'autre ?

M. Legault croit que si les jeunes de 4 ans vont en maternelle, cela libérera des places dans les garderies pour y accueillir les plus jeunes.

Il aurait été logique de structurer ainsi le réseau dès le départ. Mais il est plus difficile de le construire à rebours, en détricotant ce qui fonctionne. Surtout que les CPE sont d'excellente qualité. En fait, selon deux récentes études, ils seraient même supérieurs aux maternelles*.

Certes, ces comparaisons doivent être interprétées prudemment. La qualité découle entre autres de la formation des enseignants et du nombre de jeunes à leur charge. Le gouvernement caquiste peut agir sur ces deux paramètres.

Toutefois, on voit apparaître un risque : qu'il retarde la création de places attendues en CPE pour mieux concentrer les efforts en maternelle 4 ans. Si ce choix absurde se présente, alors le gouvernement caquiste ne devra pas hésiter à retarder sa promesse pour les maternelles 4 ans.

En d'autres mots, comme la CAQ aime le répéter, il faudra être ferme sur l'objectif, et souple sur les moyens.

> Consultez l'étude préliminaire de Nathalie Bigras de l'UQAM

> Consultez l'Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle de l'Institut de la statistique du Québec