Bon débarras. On ne pleurera pas l'ePrix de Montréal, que Valérie Plante a débranché. Mais ce n'est pas pour autant la fin de l'histoire. Il reste encore quelques très bonnes questions sans réponse.

D'abord, quelle est l'ampleur du dégât, et qui est responsable ? Pour cela, il faudra attendre les rapports du Vérificateur général et du Bureau de l'inspecteur général de Montréal.

Ensuite, qui va payer pour le nettoyage ? Pour cela, il va falloir que des avocats se parlent...

Hier, la mairesse Plante n'a pas dit combien coûterait la rupture du contrat, ni qui ramasserait la facture. Mais tout indique que même si la Ville devait payer, cette pénalité serait inférieure aux déficits qu'elle prévoit pour l'année prochaine (plus de 30 millions juste pour 2018).

La mairesse n'avait donc pas le choix de mettre fin à l'ePrix. Et elle n'avait pas le choix non plus de rester sibylline sur les pénalités pour la fin du contrat. Car il y a un litige à l'horizon.

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En campagne électorale, Mme Plante s'était engagée à ne pas réorganiser l'ePrix dans le centre-ville. Trop de congestion pour les résidants et commerçants, et trop de chantiers pour la ville. Elle proposait plutôt de déplacer la course sur le circuit Gilles-Villeneuve. Or, il y aura des travaux l'été prochain sur cette piste, qui par ailleurs convient mal sous sa forme actuelle à la Formule E. Les autres choix étaient encore moins emballants (hippodrome, secteur du Stade olympique, etc.).

Et même si on trouvait le bon lieu, cela ne réglerait pas le principal problème : le déficit. Il n'y avait tout simplement pas assez de public. Parmi les 45 000 spectateurs l'été dernier, 20 000 avaient reçu des billets gratuits. Et parmi les billets « vendus », un très grand pourcentage avait en fait été offert aux commanditaires. Une minorité des gens ont donc payé.

Sans surprise, les commandites et subventionnaires ont vite déchanté. Hydro-Québec n'y voyait plus d'intérêt. Québec et Ottawa voulaient aussi se retirer.

On les comprend. La pomme était pourrie depuis longtemps. 

En fait, le ver était dans le fruit dès le départ. Contrairement à Paris, New York ou Berlin, Montréal n'a pas laissé le privé piloter le projet. Le promoteur de la course était « Montréal c'est électrique », un organisme sans but lucratif (OBNL) créé une semaine avant la signature du contrat. On comprend que les fils avaient déjà été attachés par l'administration Coderre. Cette structure permettait d'accorder des contrats sans appel d'offres, ce qui a été fait avec evenko. La ville a ainsi englouti près de 23 millions dans l'événement, en plus d'une marge de crédit de près de 10 millions, qui pourrait ne jamais être remboursée. Et pour l'instant, les organisateurs invoquent le secret commercial pour ne pas dévoiler les ventes de billets ni la somme qui lui était garantie en échange des services offerts.

Était-ce la bonne façon de faire ? A-t-on laissé la ville prendre les risques et éponger les pertes ? C'est à ces questions qu'on souhaite que répondent la vérificatrice générale et le Bureau de l'inspecteur général. Il faudra attendre encore quelques semaines ou mois avant de lire leurs rapports.

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D'ici là, le circuit de la Formule E voudra être dédommagé. Son contrat avec l'OBNL prévoyait trois éditions (2017, 2018 et 2019). On peut présumer que la pénalité équivaudra aux droits de course (6 millions par année). Or, l'OBNL n'a pas d'actif. Pour être remboursé, le circuit de la Formule E voudra prouver que le véritable promoteur était la ville.

Voilà pourquoi la mairesse refusait hier de parler du contrat ou des pénalités. Elle prend ses distances autant que possible du promoteur, pour éviter que Montréal paye cette pénalité.

Ce fiasco devrait faire réfléchir au rayonnement de Montréal et au fantasme des retombées économiques. Ce n'est pas parce qu'un événement sportif ou culturel se déroule chez nous que la métropole s'enrichira. Et pour organiser ces grands événements, le partenariat OBNL - privé n'est pas une panacée. À tout le moins, il y a lieu de le réexaminer.