L'entreprise britannique Solargise s'intéresse à un terrain de l'est de Montréal. Elle veut y construire une usine qui fabriquerait des panneaux solaires utilisant une nouvelle technologie ainsi qu'un centre de recherche et de développement. Le tout nécessiterait un investissement de 2,3 milliards et à terme, créerait 1000 emplois bien rémunérés.

Trop beau pour être vrai? C'est ce que semblent se dire la mairesse Valérie Plante et son équipe. Depuis le début du mois de juin, ces derniers donnent l'impression de tout faire pour mettre des bâtons dans les roues à ce projet d'envergure.

Rajdeep Basu, président de Solargise, a eu un premier contact avec la Ville de Montréal le 6 juin. Ce jour-là, le projet qu'il a présenté au président du comité exécutif, Benoît Dorais, se résumait à une feuille de papier. Cinq rectangles dessinés indiquaient l'emplacement approximatif des bâtiments qui constitueraient le campus de Solargise sur le terrain actuel du Golf métropolitain d'Anjou, voué à changer de vocation.

La Ville a demandé un dossier plus complet. Fort compréhensible. On ne donne pas un chèque en blanc à une entreprise qui a tout juste 40 employés en Europe et qui promet mer et monde.

Solargise, qui a embauché la firme National pour l'aider à naviguer dans les eaux politiques québécoises et canadiennes, a fourni plus d'information et a demandé à rencontrer la mairesse. On a répondu à l'entreprise britannique que les fonctionnaires devaient d'abord étudier le projet en détail avant que la porte de la mairesse s'ouvre. Soit.

Mais voilà, moins de deux semaines après la première rencontre avec Solargise, l'administration Plante a fait adopter au conseil d'agglomération un règlement permettant d'élargir le parc-nature du Bois d'Anjou en y englobant une grande partie du terrain convoité par M. Basu.

Le leader de l'opposition, Lionel Perez, déplore aujourd'hui que les élus n'aient pas été informés de la nature du projet industriel qui visait le site avant la tenue du vote. Le maire d'Anjou, Luis Miranda, a tenté de s'interposer, mais en vain. L'administration a créé la réserve foncière et s'est donné le droit de vie et de mort sur tout développement futur.

Le 6 juillet, lors d'une rencontre avec une fonctionnaire du service de développement économique de Montréal, Solargise a été mis devant un fait accompli.

Si Valérie Plante - qui n'a toujours pas rencontré l'entrepreneur britannique - est un tant soit peu intéressée par le projet d'usine, voilà une bien drôle de manière de le démontrer.

Alors que son administration prend tout son temps pour étudier les documents de Solargise, l'équipe de la mairesse a procédé à la vitesse grand V pour élargir un parc-nature qui n'est actuellement pas accessible au public. Ça ressemble à de la gestion à deux vitesses. Ou à de la mauvaise foi.

Les groupes environnementaux jubilent. Ils notent la nécessité d'espaces verts dans ce secteur de la ville. Pourtant, une petite tournée sur les lieux permet de voir que s'il voit le jour, le parc-nature poussera au milieu d'une zone industrielle, longée au nord par une voie de chemin de fer et une ligne de haute-tension d'Hydro-Québec. Pas très bucolique pour une marche de santé.

Le milieu des affaires, lui, n'est pas très impressionné. Le 20 juillet, 16 acteurs économiques, incluant plusieurs grands joueurs, dont la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et Montréal International ont envoyé une lettre à Valérie Plante et à la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, en soutien au projet de Solargise.

Pour le moment, le comité exécutif de Montréal fait la sourde oreille et se contente de dire par communiqué qu'il est possible de «conjuguer développement économique et création de nouveaux espaces verts dans l'est de Montréal». On ne peut pas être contre la vertu, mais rien dans cet énoncé n'empêche l'administration de donner toute l'attention nécessaire au projet.

Valérie Plante a l'occasion de prouver qu'elle était sérieuse quand elle a rencontré les gens d'affaires après son élection, leur promettant de travailler avec eux.

Pendant ce temps, M. Basu est reçu par des maires d'autres villes canadiennes. Il examine des emplacements en Ontario et trois autres sites au Québec. L'entrepreneur veut procéder au premier coup de pelle de son usine en janvier 2019. Il n'attendra pas à jamais.