L'avantage d'avoir un ministre de l'Éducation qui a enseigné pendant une quinzaine d'années comme Jean-François Roberge ? Il peut tout de suite se mettre à l'ouvrage. Et tant mieux, car les plus imposants chantiers du gouvernement Legault se trouvent justement en éducation.

En fait, il en va de l'éducation dans ce nouveau gouvernement comme de la santé dans le précédent : c'est là qu'on veut consacrer les ressources et l'énergie nécessaires pour une véritable réforme des façons de faire. Bref, c'est là, en éducation, que la Coalition avenir Québec dit vouloir faire sentir le fameux « changement » si souvent vanté en campagne électorale.

Bien sûr, on peut se méfier de ce genre de promesses entendues dans le passé. L'éducation sert en effet bien plus souvent à rehausser la qualité des discours des élus que leurs bilans.

On en a d'ailleurs eu une preuve de plus ces dernières années avec les libéraux. Ils ont beau avoir répété l'importance de l'éducation sur toutes les tribunes, ils ont saigné le réseau en imposant des coupes paramétriques à toutes les missions de l'État sans discrimination. Puis, à la dernière heure, en troisième année de mandat, le gouvernement a pondu une « politique de la réussite éducative » en promettant le « commencement d'un grand projet collectif ». À 15 mois des élections.

Or, reconnaissons que François Legault, depuis son passage à ce ministère à la fin des années 90, n'a cessé de parler d'éducation. Tout en sachant que les Québécois ne valorisent pas assez l'enjeu pour que ce soit payant sur le plan électoral.

À part André Boisclair, on cherche les chefs de parti qui ont fait pareil (et on se souvient de ce qu'il est advenu d'André Boisclair...).

Depuis la fondation de la CAQ, François Legault promet en effet de faire de l'éducation une véritable priorité nationale. Et c'est aussi ce qu'a promis Jean-François Roberge comme porte-parole de l'opposition et dans son excellent livre Et si on réinventait l'école ?.

« En clair, écrivait-il en 2016, notre survivance comme peuple dépend de notre capacité à valoriser l'éducation. Il faudra en avoir le courage. Ainsi, nous pourrons lutter contre la pauvreté, contrer l'intimidation, défendre notre langue et relancer notre économie. »

Amen !

On ne peut plus se contenter d'un lent progrès des taux de diplomation, comme on le voit depuis quelques années. Des progrès qui sont bien réels, mais qui sont loin d'être à la hauteur des problèmes et des retards qu'on observe en éducation au Québec.

On doit plutôt brasser la cage, tant ce réseau est devenu lourd et difficile à bouger. On doit réformer non pas le curriculum ou les façons d'enseigner, mais la gouvernance. On doit repenser les commissions scolaires, décentraliser les pouvoirs dans les écoles, s'attaquer aux corporatismes qui paralysent le réseau, valoriser la profession enseignante, faire plus de place aux professionnels spécialisés, embaucher plus d'enseignants, assouplir les règles pour la rénovation des écoles, exiger plus de beauté dans les nouvelles constructions, etc.

Tout un programme... qui ressemble pas mal à ce que promet la CAQ, qui a le mérite d'avoir mûri ses positions au fil du temps. C'est d'ailleurs ce qui lui a permis d'arrondir celles qui étaient un peu trop carrées (comme l'instauration d'un ordre professionnel, qu'elle ne veut pas forcer dans la gorge des enseignants).

On peut ainsi résumer en deux grands chantiers les nombreux engagements de la Coalition. La gouvernance, qu'elle souhaite revoir entièrement pour redonner le pouvoir et le choix des moyens aux équipes-écoles et aux profs. Et les enseignants, dont elle entend reconnaître l'expertise par une hausse du salaire d'entrée et d'autres mesures ciblées. Ajoutons à ça la maternelle 4 ans, que la CAQ veut prioriser, notamment pour dépister tôt les troubles d'apprentissage.

Disons-le, les risques d'un programme aussi vaste et ambitieux sont nombreux.

Jean-François Roberge pourrait mal étreindre en essayant d'embrasser trop large. Il pourrait consacrer trop de temps et d'énergies à d'interminables débats de structures. Il pourrait aussi, soyons honnêtes, se voir refuser les budgets pour rénover et construire toutes les écoles nécessaires, surtout que la CAQ a été floue à ce propos ces dernières semaines.

Mais donnons la chance au coureur. Donnons la chance à cette équipe qui a clairement fait ses devoirs. L'intention y est, et la volonté aussi. Et pour une fois qu'un gouvernement prend le pouvoir avec un plan clair en éducation qu'il n'a pas hésité à détailler et marteler, il faut applaudir.

Chose certaine, la CAQ sait qu'au terme de son mandat, dans quatre ans, elle sera jugée en grande partie sur les gestes accomplis - ou non - en éducation. Elle sait qu'en ayant mis la barre haut, elle a énormément de pression pour réaliser ce qu'elle a promis.

Photo Alain Roberge, Archives La Presse

« Les chantiers les plus imposants du gouvernement Legault se trouvent en éducation », note notre éditorialiste.