En lisant le volumineux budget dévoilé hier par Carlos Leitão, on peut tirer trois constats.

L'économie tourne à plein régime, d'abord, et les finances du Québec en profitent au point où le gouvernement peut augmenter les investissements en infrastructures et les dépenses dans les grandes missions de l'État comme l'éducation... tout en baissant la dette et le fardeau fiscal des PME.

La campagne électorale, ensuite, est déjà entamée, avec ce que cela comporte d'enveloppes ciblées (aide à l'achat d'une première maison), de plans à moyen terme (main-d'oeuvre) et d'engagements destinés à tout le monde et son frère (incitatifs visant à «découvrir» le Québec!).

Et enfin, de manière plus précise, le budget démontre, à la veille du dévoilement de la première politique de mobilité durable, que le transport sera l'enjeu le plus important des prochains mois.

Une excellente nouvelle qui confirme que la mobilité remplace désormais les baisses d'impôt comme appât électoral.

***

Est-ce une leçon tirée de l'élection de Valérie Plante? Toujours est-il que le gouvernement met le cap sur ce qu'il appelle «la mobilité durable», et pour une fois, ce n'est pas qu'un slogan.

Si on compare les sommes allouées aux routes et aux transports en commun, on voit en effet que le ratio permet enfin à ce dernier de franchir le seuil de 30% des budgets prévus en transport, une situation sans précédent au Québec (on était à 13% en 2010 !)

Certes, le gouvernement investira 20 milliards sur cinq ans pour les routes, notamment en prolongeant l'autoroute 19, ce qui plaira aux banlieues francophones que convoitent les libéraux.

Mais en parallèle, il débloquera 9 milliards pour les transports collectifs. Une somme importante à laquelle s'ajouteront d'autres milliards, mis de côté dans une «enveloppe centrale», pour des projets en voie d'être approuvés, comme le prolongement de la ligne bleue.

Le ministre Leitão a parlé hier d'«un tournant historique» en évoquant la hausse substantielle du plan québécois d'infrastructures de 10 milliards par année. On pourrait en dire autant pour les transports en commun, qui montent enfin au rang de priorité financière du gouvernement : pas moins de 70% des investissements pour de «nouveaux projets» lui sont consacrés.

«Avant, c'était de l'intention, a souligné le président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc. Maintenant c'est de l'engagement.»

***

Que vous habitiez la ville ou la campagne, attendez-vous donc à entendre parler de mobilité par tous les partis et à toutes les sauces au cours des prochains mois :  durable, électrique, structurante, active, intelligente, etc.

On attend toujours les propositions de la CAQ sur ce front, mais on sait que le Parti québécois poussera son Grand Déblocage, qui, malgré ses défauts, a le mérite de multiplier les projets en transports en commun.

Quant au gouvernement, on comprend maintenant, grâce au budget, qu'il multipliera les appuis, les annonces et les «réannonces» de projets d'envergure.

En plus du REM et du tramway de Québec, il y aura, grâce à l'imminence électorale, la ligne bleue ainsi qu'une longue liste de projets divers : réfection du centre d'exploitation du Réseau de transport de Longueuil, construction d'un garage pour les bus à Laval, voies réservées à Lévis, prolongement du Rapibus à Gatineau, et peut-être même, implantation d'un lien rapide qui fera la connexion avec le nouveau train léger d'Ottawa.

Quant aux régions, elles ne seront pas en reste : réhabilitation de la desserte ferroviaire en Gaspésie, amélioration des petits aéroports, bonification du programme de réduction des tarifs aériens, investissements en transport collectif régional, etc.

Le budget consacre ainsi «la mobilité» comme mot (électoral) passe-partout, qui permet de s'adresser aux urbains (transports en commun), aux suburbains (autos électriques), aux régions (routes et avions) et même aux entrepreneurs (transport des marchandises).

De tout pour tout le monde, bref.

Pour faire oublier, ne soyons pas dupes, la douloureuse période de rigueur budgétaire. Mais aussi pour courtiser les électeurs avec des projets concrets, qui auront un impact réel sur leur quotidien, en leur faisant sauver du temps et de l'argent.

À une autre époque, les gouvernements qui jouissaient d'une marge de manoeuvre promettaient des routes pour se faire élire. Aujourd'hui, ils s'engagent à améliorer l'offre en transport collectif.

Il y a là un indéniable progrès.