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Le malentendu

« Bien sûr que Luc Ferrandez n'était pas sur... (Photo André Pichette, archives La Presse)

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« Bien sûr que Luc Ferrandez n'était pas sur toutes les tribunes, car la stratégie de Projet Montréal était d'attirer les projecteurs sur sa cheffe », écrit François Cardinal à propos de la dernière campagne.

Photo André Pichette, archives La Presse

Les Montréalais avaient-ils réalisé à qui ils confiaient les clés de l'hôtel de ville quand ils ont élu Projet Montréal en novembre dernier ?

La question se pose quand on voit l'agressivité avec laquelle ils ont réagi et continuent de réagir à l'annonce du projet-pilote sur le chemin Camillien-Houde.

Jamais Luc Ferrandez ne croyait recevoir une telle volée de bois vert en détaillant ce qu'il croyait être une mesure plutôt douce. Après tout, il entend simplement tester la fin de la circulation de transit dans un parc où elle n'a pas sa place.

Il n'interdit pas les voitures. Il n'empêche personne d'accéder au sommet. Il ne supprime pas de stationnement.

Il bloque le passage à ceux qui empruntent la montagne pour la court-circuiter. Il redonne à ce « chemin » sa vocation initiale en lui soustrayant le caractère autoroutier qu'il a pris au fil des décennies.

Rien de dramatique. Surtout quand on réalise que ce sera le temps d'un projet-pilote. Lequel sera suivi de consultations en bonne et due forme.

Bref, Luc Ferrandez met de l'avant une mesure très, très modérée pour un parti comme Projet Montréal... qui a dans ses cartons une longue liste d'interventions autrement plus perturbatrices.

Si les électeurs hurlent à cette annonce, Valérie Plante doit commencer à s'inquiéter pour les trois prochaines années de son mandat...

Et pourtant, les Montréalais connaissaient la formation politique qu'ils ont portée au pouvoir il y a quelques mois à peine. C'était tout de même la troisième élection à laquelle le parti participait. Il comptait sur des maires dans plusieurs arrondissements depuis huit ans !

Ce n'est pas comme si les électeurs avaient appuyé une formation nouvellement créée, comme ils l'avaient fait en grand nombre en 2012, avec Mélanie Joly.

Projet Montréal a toujours, depuis le jour 1, mis de l'avant une plateforme qui s'appuie sur « l'aménagement plus convivial » de la ville et « la qualité de vie » de ses citoyens.

Mettre fin au transit sur le mont Royal tombe donc sous le sens pour cette formation. Et contrairement à ce qu'on entend partout, elle avait clairement affiché ses couleurs pendant la campagne électorale.

La Presse, par exemple, a cité Valérie Plante quand elle a signifié son intention de s'attaquer au véritable « problème » du mont Royal, « à savoir tout le transit sur le mont Royal ».

Le Devoir a fait état de la volonté de Ferrandez d'« empêcher le transit » une bonne fois pour toutes en « bloquant la route après l'observatoire ».

Radio-Canada a écrit à plusieurs reprises que le maire du Plateau est « favorable à l'interdiction complète du transit automobile sur le mont Royal ».

Et cela n'est qu'un échantillon de citations, toutes faites en octobre 2017. En pleine campagne électorale !

Bien sûr, il fallait être attentif. Mais on ne parle tout de même pas d'articles publiés dans Le Clairon de Rosemont !

Bien sûr que Luc Ferrandez n'était pas sur toutes les tribunes, car la stratégie de Projet Montréal était d'attirer les projecteurs sur sa cheffe plutôt que sur son prédécesseur. Mais Denis Coderre s'était chargé de répéter quotidiennement que le controversé maire du Plateau faisait toujours partie de l'équipe Plante.

La question se pose donc : quand Valérie Plante répétait à qui voulait l'entendre qu'elle serait « la mairesse de la mobilité », les Montréalais auraient-ils compris que ce serait la mobilité... automobile ?

Quand elle parlait de transports en commun et de transport actif sur toutes les tribunes, auraient-ils retenu seulement le mot « transport » ?

Les électeurs auraient-ils vraiment appuyé Projet Montréal en pensant que ce parti connu pour sa lutte contre l'auto agirait autrement une fois au pouvoir ?

Y a-t-il vraiment eu un tel malentendu, le 5 novembre dernier ?

Le cas échéant, la suite sera encore plus rock and roll qu'on le pensait pour la mairesse et son équipe. Car c'est un secret de Polichinelle : après Camillien-Houde, bien d'autres interventions suivront.

Pensons à la Sainte-Catherine, dont le réaménagement bientôt annoncé réduira considérablement l'espace alloué aux voitures au profit de trottoirs plus généreux.

Pensons au parc La Fontaine, qui risque lui aussi de perdre la rue (Émile-Duployé) qui le traverse dans le cadre du plan directeur attendu prochainement.

Pensons au Vieux-Montréal, pour lequel les « ambitions » de Projet Montréal pourraient fort bien se traduire en piétonnisation de Saint-Paul et peut-être même d'autres charmantes rues du quartier.

Pensons aux nouvelles voies réservées qui seront nécessaires pour accueillir les 300 futurs autobus ou encore au Réseau express vélo (REV) qui prévoit la création de 140 km de pistes cyclables sur sept axes stratégiques, deux mesures qui se feront évidemment aux dépens de voies routières et de cases de stationnement.

Autant de mesures que les Montréalais verront dans le mandat en cours, tel que promis en campagne électorale par Projet Montréal. Autant de gestes qui feront hurler, on le comprend mieux maintenant, d'ici les prochaines élections qui auront lieu en 2021.

Si la réaction à la fermeture de Camillien-Houde est garante de l'avenir, bien des électeurs vont trouver le temps long.




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