La population vieillit si vite au pays qu'on compte maintenant plus d'aînés que d'enfants, imaginez ! Et pourtant, la ville n'est pas prête pour ce changement démographique qui va s'accélérer. Encore moins la banlieue.

La situation n'est pas trop mauvaise dans les quartiers centraux de Montréal. La densité permet aux plus âgés de profiter de nombreux bancs publics, de commerces de proximité et de transports en commun fiables à toute heure du jour.

Mais mettez-vous dans la peau d'une dame de 88 ans et allez vous promener à Montréal-Nord ou Pointe-aux-Trembles pour voir.

Mettez-vous à la place d'un vieillard qui a perdu son permis de conduire et tentez de circuler à Laval ou Brossard.

Vous allez avoir envie de vous enfermer chez vous pour de bon !

Or les plus âgés seront bientôt la norme au Québec, et ils auront droit à la ville et à la mobilité comme tout le monde. Ils auront droit de vieillir en santé. Un droit qui, pour l'instant, est dénié aux aînés dans de nombreux coins du Québec.

Bien des quartiers et des villes ont en effet été aménagés à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour des jeunes couples avec enfants et voitures. Et ce modèle, on ne l'a pas modifié en pensant que les baby-boomers quitteraient la banlieue pour le centre lorsque leurs enfants déserteraient la maison, laissant ainsi la place à d'autres jeunes familles motorisées.

Erreur. On réalise aujourd'hui que les plus de 65 ans choisissent de se réinstaller en copropriété dans la municipalité où ils ont élevé leurs enfants. Des municipalités qui ne sont pas prêtes à accueillir ces citoyens grisonnants.

Les trottoirs sont fréquemment déficients, quand il y en a. Les commerces de nécessité sont éparpillés. Les autobus se font rares les jours de semaine.

Les intersections sont si vastes qu'elles font craindre le pire à ceux qui osent les traverser. Les passages pour piétons sont l'exception. Et la qualité esthétique de l'environnement est souvent douteuse.

Et ce dur constat, on peut l'étendre à bien des arrondissements périphériques de Montréal, comme vient d'ailleurs de le démontrer la chercheuse Paula Negron-Poblete dans un livre ayant pour titre Vieillissement et aménagement.

Ses conclusions, après avoir étudié les quartiers Montréal-Nord et Pointe-aux-Trembles, sont accablantes. Les intersections compromettent la sécurité des personnes âgées. Les trottoirs sont pleins de défauts. Et le mobilier urbain se fait rare, même s'il est si important pour la socialisation, la sécurité et le confort des aînés.

La chercheuse donne ainsi la parole à une dame qui souffre justement de cette absence de bancs publics dans son quartier : « Je m'accote sur les poteaux, j'ai l'air d'un vrai chien, j'ai honte ! Des fois j'ai tellement mal dans le dos, je regarde s'il n'y a pas personne et je m'appuie sur un poteau, je respire, puis je pars. »

On est loin de l'autonomie et de l'indépendance souhaités pour nos aînés ! On est loin du milieu de vie accueillant, qui permet de vivre dans la dignité, de profiter des services sociaux, des loisirs, des activités physiques et des interactions sociales nécessaires pour vieillir en santé !

Le Québec se vante depuis des années de son programme Municipalité amie des aînés, qui permet d'aménager les villes « dans une démarche de promotion du vieillissement actif ».

Mais il suffit de se promener un peu pour voir qu'on se limite trop souvent à des ajustements à gauche et à droite, sans repenser la ville, sans trop y croire, même.

C'est ainsi qu'à Montréal, par exemple, à peine la moitié des intersections signalisées ont des feux aux quatre coins pour protéger les piétons. On y a entamé un projet-pilote en 2013 en élargissant certaines affiches de rue sans donner suite.

Et en banlieue, même chose. Certaines villes déneigent un trottoir sur deux. D'autres réalisent encore aujourd'hui des projets immobiliser sans prévoir de trottoirs.

C'est vrai qu'on ne peut rien au vieillissement de la population, mais on peut certainement s'y préparer.

Cinq gestes à faire pour les aînés

Ralentir les compteurs

À Montréal, les compteurs numériques aux intersections sont réglés en fonction d'une cadence de marche de 1,1 mètre par seconde. C'est beaucoup trop rapide pour les personnes de plus de 65 ans, qui franchissent en moyenne 0,9 mètre par seconde (0,8 pour les femmes), selon la Table de concertation des aînés de l'île de Montréal. Pourquoi ne pas réviser à la baisse la vitesse des compteurs dans les lieux fréquentés par les personnes âgées ?

Se soucier de la qualité esthétique des environnements

Les études ont démontré que les aînés marchent plus, et se maintiennent donc davantage en forme, lorsqu'ils ont accès à des environnements qui présentent un niveau élevé de confort, de sécurité et d'attractivité esthétique et architecturale. Il faut ainsi multiplier les éléments qui peuvent constituer des facilitateurs pour le maintien d'un mode de vie actif, selon la chercheuse Paula Negron-Poblete. « Ces éléments sont associés à l'accessibilité des bâtiments (rampes, portes automatiques) ou à la qualité esthétique de l'environnement extérieur (espaces verts, végétation dans la rue, qualité architecturale, entre autres). »

Aménager des trottoirs

La présence de trottoirs et de passages piétons est cruciale pour les aînés, qui acquièrent ainsi un sentiment de sécurité lorsqu'ils marchent, surtout le long des rues au fort débit de circulation. Il doit donc y avoir des trottoirs partout... exempts d'obstacles et de trous. Les bancs publics et les arbres qui font de l'ombre sont aussi très appréciés des personnes âgées.

Aménager des aires à mi-traverse

Il n'est pas toujours facile de revoir la configuration des intersections pour faciliter les passages piétons, surtout dans les lieux achalandés. Pourquoi ne pas aménager des aires de repos à mi-traverse dans ce temps-là ? En ajoutant des espaces protégés au milieu d'une traverse piétonne, on s'assure d'une sécurité pour tous.

Installer des panneaux de sensibilisation

Bien des municipalités ont multiplié les zones à 30 km/h ces dernières années, mais il reste encore du travail à faire. De la même manière qu'on plafonne obligatoirement la vitesse maximale autour des écoles, pourquoi ne pas le faire autour des résidences pour personnes âgées ? On pourrait aussi multiplier les panneaux avertissant de la forte présence d'aînés dans ces secteurs.