Biffer l'islamophobie... pour en taire l'existence

«Une journée de commémoration et d'action contre l'islamophobie... (PHOTO NINON PEDNAULT, ARCHIVES LA PRESSE)

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«Une journée de commémoration et d'action contre l'islamophobie a tout à fait sa place dans le calendrier national... comme le prouve, par l'absurde, l'immense malaise créé par cette proposition», écrit notre éditorialiste.

PHOTO NINON PEDNAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le Québec n'est pas islamophobe.

Les partis de l'opposition ne sont pas islamophobes.

Les laïcistes qui débattent du port du voile et critiquent le fondamentalisme religieux ne sont pas islamophobes.

Et les Québécois, pris un par un, ne sont certainement pas autant d'islamophobes en puissance.

Et malgré cela, une journée de commémoration et d'action contre l'islamophobie a tout à fait sa place dans le calendrier national... comme le prouve, par l'absurde, l'immense malaise créé par cette proposition.

Depuis que le Conseil national des musulmans canadiens a envoyé au premier ministre Trudeau une lettre à cet effet, les critiques ont été aussi nombreuses que virulentes.

En un mot, partis politiques et commentateurs rejettent avec vigueur le mot «islamophobie», et donc l'idée d'y consacrer une journée qui coïnciderait avec l'anniversaire de l'attentat de Québec, le 29 janvier 2017.

Certains préfèrent pudiquement l'expression «sentiment anti-musulman». D'autres proposent une journée «en solidarité avec les victimes d'actes d'intolérance» ou une journée «contre la violence antireligieuse». D'autres encore préfèrent s'en tenir à une simple commémoration de la tragédie.

Mais tout ce beau monde a une chose en commun : il refuse obstinément le recours au mot «islamophobie». Comme si le simple fait de «souligner l'islamophobie, ce sera affirmer son existence», comme l'a écrit un chroniqueur.

Pourtant, il faut se rendre à l'évidence : ne pas prononcer le mot honni n'en fera pas disparaître les relents!

Il existe bel et bien de l'islamophobie au Québec. Il existe des individus qui expriment des idées islamophobes. Il y a aussi des crimes haineux qui visent la communauté musulmane... sans que tout cela fasse du Québec une nation islamophobe.

Comprenons-nous bien, il n'y a absolument rien d'intolérant à débattre de l'islamisme, comme on le fait au Québec depuis des années. Il n'y a rien d'islamophobe à militer pour la laïcité, à s'opposer au voile intégral ou à pourfendre l'intégrisme radical.

L'islamophobie, c'est bien plus que ça : c'est la peur irraisonnée, l'aversion viscérale, l'hostilité contre les musulmans. C'est la tête de porc déposée devant une mosquée. C'est la voiture incendiée d'un musulman. C'est la multiplication de gestes haineux.

Bien beau de répéter, comme l'a fait la CAQ, que la tragédie de Québec est «le geste intolérable d'une seule personne et non pas celui d'une société entière». «Quand on exagère quelque chose, a ajouté Éric Caire, ça devient insignifiant. Et personnellement, je ne crois pas que la population québécoise soit islamophobe.»

Mais qui diable a prétendu une telle chose? Cet amalgame dangereux, il provient de ceux-là mêmes qui ont intérêt politiquement à le faire circuler. Et il nous empêche de reconnaître l'existence de courants islamophobes dans la société et de les dénoncer haut et fort.

À ce titre, il n'aurait pas fallu associer la violence faite aux femmes à la tragédie de Poly, car il s'agit là aussi du «geste intolérable d'une seule personne». Et il n'aurait surtout pas fallu élargir la portée des commémorations, car le Québec n'est pas sexiste...

Pourquoi, donc, ne pas faire coïncider à nouveau une journée nationale et une tragédie? Un an après l'attentat, alors que la poussière retombe tranquillement, il est temps d'appeler un chat un chat.

Cela, en outre, ne restreindrait en rien la liberté d'expression. Une simple journée dans l'année où l'on souligne la nécessité d'agir contre l'islamophobie n'empêcherait personne de débattre de laïcité ou de la place de l'islam dans la société. Pas plus que la «semaine d'actions contre le racisme» ne nous empêche, en mars chaque année, de débattre de l'existence de la discrimination systémique.

La majorité a un devoir : celui de faire de la place à ceux qui en ont moins. C'est en effet au groupe social dominant qu'incombe la responsabilité d'évacuer les discriminations, les exclusions et les racismes qui le traversent.




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