L'accrochage entre Denis Coderre et Régis Labeaume, lundi, ressemblait moins à un combat de boxe qu'à un spectacle de lutte au bénéfice des caméras...

Les deux adversaires y sont allés de coups de coude sans conséquence, façon de donner aux électeurs ce qu'ils attendent de maires populistes. Mais une fois en coulisses, on imagine très bien les deux hommes marcher bras dessus, bras dessous...

Il y a un bout de temps que Régis Labeaume attend Denis Coderre. Ou pour être plus précis, un maire capable de parler fort, de mettre son poing sur la table, de s'imposer comme lui.

Les proches du maire de Québec savent en effet comment il est tanné d'être seul à brasser la cage à Québec, comment il a trouvé le temps long ces dernières années aux côtés de Gérald Tremblay, un homme pour lequel il n'a jamais eu beaucoup de respect.

Ceux qui imaginent le maire Labeaume s'amuser des coups durs que subit Montréal, profiter d'un contexte qui fait bien paraître la capitale en comparaison se trompent. Au contraire, la capitale pâtit des difficultés de la métropole, qui nuisent au rapport de force de l'ensemble des grandes villes par rapport au gouvernement.

Régis Labeaume sait donc trop bien qu'il a plus à gagner à faire front commun avec Montréal qu'à perdre son temps avec des «sparages». Et parions que l'animal politique Denis Coderre le sait aussi.

L'exemple le plus éloquent est certainement les régimes de pension, un enjeu pour lequel le maire Labeaume se cherche justement des alliés depuis des lustres. Le jour où les deux maires imposeront une date ultime pour que se règle le dossier, le gouvernement n'aura d'autre choix que d'obtempérer.

Même chose sur le financement du transport en commun. Si MM. Labeaume et Coderre faisaient front commun contre la volonté du gouvernement de réduire à long terme ses investissements, le conseil des ministres aurait beaucoup de difficultés à y arriver.

Et ce ne sont que deux exemples d'une longue liste d'enjeux qui concernent plus spécifiquement la métropole et la capitale. Pensons au pacte fiscal actuellement en négociation avec le gouvernement Marois, aux programmes d'investissements dans les infrastructures, au financement du logement abordable ou même, au fameux TGV Montréal-Québec si cher au maire Labeaume...

Il y a actuellement, à l'international, une tendance vers le resserrement des liens entre les villes. Certains, comme le politologue Benjamin Barber, proposent même la constitution d'un parlement international de maires afin d'augmenter leur rapport de force par rapport aux gouvernements. Sans aller aussi loin, le rapprochement entre Montréal et Québec, voire avec les autres grandes villes du pays pourrait certainement ramener une sensibilité urbaine au gouvernement, tant au provincial qu'au fédéral.

Car le jour où les deux hommes forts du municipal décideront de se battre ensemble, les gouvernements risquent de se retrouver au tapis.